jeudi 29 mars 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 2/2 : La véritable histoire de Billy the Kid, Pat Garrett

Welcome to New Mexico (Land of Enchantment). Ici, il pleut (sec), on boit (sec), on dit (sec). Pas un. Pas un(e) (sec) pour rattraper. L'autre qui fuit/se rend. On ne sait où, mais comment. L'histoire s'écrit, le mythe se crée. Pour de faux et pour de vrai, par les (l)armes. (Dead man insideThat weapon will replace your tongue. You will learn to speak through it. And your poetry will now be written with blood.)

Slow-/Prévious-ly : dans l'épisode précédent, on a pu (entre)voir Pas Billy le Kid de Julien d'Abrigeon, la fausse histoire de Billy the Kid, qui est la véritable histoire de Pas Billy et peut-être même celle de Billy. Dans ce second et nouvel épisode, nous allons (re)découvrir : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec une préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 et rééditée le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part two (2/2) : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett qui demeure La véritable histoire de Billy the Kid, n'est résolument pas la véritable histoire de Pas Billy the Kid et probablement pas la véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt, c'est-à-dire d'abord, celle de Pat Garrett et, comme le rappelle la préface ainsi que, dans le texte, la couverture de l'édition originale) : The Authentic Life of Billy the Kid: The Noted Desperado of the Southwest, Whose Deeds of Daring and Blood Have Made His Name a Terror in New Mexico, Arizona, and Northern New Mexico by Pat F. Garrett, Sheriff of Lincoln County, N. Mex. By whom He was Finally Hunted Down and Captured by Killing Him.

Un conte pour fou, une histoire d'enfant, for Kids dé[tru](cidé)ment, un truc dans le genre collection rouge et or. Rouge le sang de Billy revivifié dans Pas Billy the Kid. D'or le silence de Pat(rick Floyd Jarvis) Garrett, de plomb et de toc sa parole, de troc et d'argent son pacte avec un comparse porté sur la boisson – acolyte anonyme qui, pour l'état civil, répond au nom de Marshall Ash(mun) Upson – pour l'aider à rédiger son ouvrage. Tirer aussi vite que son ombre des conclusions pour se dédouaner d'un manque de fair-play que lui reprochent les nombreux amis de Billy (« Ce dernier entra sans se méfier dans la pièce plongée dans l'obscurité et Garrett l'abattit sans sommation. »). Sans autre forme de procès. Ni(e) pour Billy mercenaire, assassin, gunfighter, pistolero. Ni(e) pour Garrett lui-même — cowboy, chasseur de bisons, tueur d'Indiens, propriétaire.

« Et c'est peut-être la raison pour laquelle La Véritable histoire de Billy the Kid mérite d'être lue :contradictoire, complexe, oscillant sans cesse entre fantasme et réalité, cette biographie mensongère, d'un lyrisme « sublimement ridicule » s'est transformé en un poème objectiviste où s'abolissent les frontières entre le texte et son objet. »

Le Far West, décor et folklore, encore. L'affaire – fore-/dis-clos(ur)e – oscille entre prescription et révélations. En série, feuilleton, Pat Garrett enchaîne Billy à sa version des méfaits. Prêche et plaide et prétend le faux pour avoir le vrai. Faux le nom, la date, le lieu de naissance de Billy. Faux le premier meurtre commis par Billy à douze ans, faux les suivants. Faux, Pat. Faux, Ash. Vrai Billy sur lequel ils s'acharnent, qu'ils harnachent, chargent comme une mule. Comme si le témoignage de ses compagnons, comme si les huit lettres adressées au gouverneur Lew Wallace pour obtenir le pardon, ne comptaient pour rien. Drôle, courageux, vif et sain de corps et d'esprit, malin, mais naïf/accusé à tort, contraint de se défendre, assiégé avant d'être abattu comme tant d'autres avant et après lui, les qualités de Billy n'ont d'égal que les défauts de ses biographes.

Billy the Kid se trouverait à la deuxième place en partant de la gauche, 
Pat Garrett serait à l’extrême droite de la photo.

« Ces éléments sont les seuls que l'on puisse glaner à propos de la petite enfance de Billy qui, jusqu'à cette époque, ne présenterait aucun intérêt pour le lecteur. »

Le héros de cette histoire a droit au chapitre, et même à vingt-trois. C'est plus qu'il ne s'est écoulé d'années entre sa naissance et sa mort (à l'époque, même un gunfighter dépasse la trentaine). Encore ne faut-il au biographe (Upson, vraisemblablement) pas plus de cinq pages pour lui régler son compte. Né à New York puis émigré (au Kansas puis au Nouveau-Mexique) avant ses cinq ans, corrompu à huit (sujet à des « accès de colère », « expert aux cartes » et suspecté de vol) au contact de Jesse Evans, mais demeuré néanmoins si bon, si serviable (« la coqueluche de toutes les classes sociales et de toutes les générations »), de bonne naissance et constitution, Billy (n'était son beau-père) avait tout pour lui. Tout pour contraster avec cette « autre facette » dévoilée par Garrett : colérique et assoiffé de sang, le Kid tue son premier homme à douze ans, et fuit.

« Sans mentor ni amour pour réfréner
ses funestes passions ou contenir sa main désespérée,
quel allait donc être son destin ? »

On le voit déjà, tout tracé dans ce portrait du jeune homme en shootist : si ses raisons ne sont jamais mauvaises (le mendiant insultait sa mère, s'en prenait à un bon citoyen, Billy n'a fait que les défendre, les venger) : ses actes et ses pulsions le condamnent invariablement. Vous le saurez (tout ça tout ça) dans la suite de la novella (« Nous suivons maintenant la trace de notre fugitif en Arizona. »). Entrecoupée de poèmes de Tennyson, d'adaptations libres de Shakespeare, de longues citations de Walter Scott ou encore de Victor Hugo, sans plus de date ni précision, la suite narre dans la pure tradition rocambolesque du roman populaire, l'équipé de Billy et de son compagnon Alias (interprété par Bob Dylan dans le film de Peckinpah), qui volent des chevaux en abattant trois « Bons Nindiens » (dixit Billy alias Pat alias Ash) puis n'ont de cesse de parier, de tricher, de bonimenter, de macadamiser.


« Il mangeait en riant, buvait en riant, montait à cheval en riant,
parlait en riant, se battait en riant,
et tuait en riant. »

Arroyos, canyons, précipices, rochers escarpés et broussailles : d'un point de vue à l'autre, nous suivons La Véritable histoire de Billy the Kid d'après son auteur bicéphale, envoyé spécial, au front (bas), commentateur sportif (« Et maintenant, notre héros ne semble plus songer à se cacher et concentre toute son énergie sur la maîtrise de l'ascension de la falaise. »), à travers ce qui devient progressivement un roman photo et d'aventure, anthropométrique et morphopsychologique, feuilleton à suspense (« Revenons-en au Kid, que nous avions laissé en situation de danger imminent ») haletant et atterrant, célébration physique du paysage et du héros américain, fils et vainqueur de la Nature (« sans parler d'une possible bande de sauvages, brûlant d'une haine inassouvie et assoiffée de vengeance meurtrière »).

« C'est de l'eau ou du sang, que j'aurai ;
peut-être même les deux. »

Tour à tour paria et héros, selon ceux qu'il prend pour cibles, difficile à suivre (d'après ses biographes), facile à reconnaître (idem) car tout en excès et contraste (ibidem), Billy change de langue, de complice, d’État, commet méfait sur méfait, sans poursuivant faute de prime. Recoure aux armes plus souvent qu'aux poings plus souvent qu'aux armes — on ne sait pas bien, à croire que la disruption gouverne l'esprit du duo Pat-Ash ou, mieux, Le Zaroff, tel qu'il s'autodécrit chez Julien d'Abrigeon : aimable et colérique, Billy est avide et généreux, injurie avec élégance, sauve les émigrants des Indiens, les desperados des shérifs, rejoint une bande, devient le Kid et son ennemi. Ainsi, parce que Pat Garrett pense d'abord, en plus de sa vie et de sa récompenspe, à sauver son culte plutôt que celui de Billy (tout comme Billy se dit du côté de Billy), il fait de celui-ci un portrait ambigu qui participera, bien plus (et trop) tard, à une autre légende, dorée cette fois.


« toi qui n'a jamais tué un homme autrement qu'en lui tirant dans le dos ;
viens te battre avec quelqu'un qui te regarde en face ! »

Pour l'heure, de retour en ville (pour ne pas dire à la civilisation), Billy choisi un camp puis l'autre (celui des Seven River Warriors de Murphy-Dolan puis des Regulators de Chisum-McSween-Tunstall) – Le Kid change de bord, par principe, titre le chapitre – dans La guerre du comté de Lincoln qui oppose les propriétaires de bétail. Venge Tunstall en abattant les prisonniers à la suite de ses comparses, préfère l'appui de « libres cavaliers » à celui de la loi (et pour cause : « les lois ne sont pas appliquées », et quand elles le sont c'est toujours à l'avantage des autorités — corrompues, soudoyées, au service des puissants), affronte un autre Billy qui le hait, suis son frère ennemi à plusieurs reprises (Encore Jesse Evans et Encore Jesse Evans) avant de lui faire (colt-)face. Quelque soit la bataille, il assaille et mitraille, est assiégé, mitraillé, kérosèné, mais jamais ne plie ni ne se rend.

« Jess finit par faire faire demi-tour à son cheval, tout en lâchant :
Nom de Dieu Il est vraiment cool, ce type !” »

Les alliés s’abattent comme des cartes, le château s'effondre, qu'importe : Billy, libre comme l'air, s'en tire – « Je suis de n'importe où sur terre, mais certainement pas d'ici » – remet à leur place les brutes et les shérifs, pille, butine, spécule, recèle bœufs, chevaux, poneys, enrôle, assiste avec Jesse au meurtre du notaire Chapman, gagne l'amitié de ceux qu'il épargne. A.F. Wild, détective employé par le ministère de l'Economie et des Finances se met de la partie, assisté par Pat (aux dires toujours, de celui-ci) qui se propose d'infiltrer le ''gang'', confie à un certain Mason la mission de s'associer à un certain West (qui, couvert par les frères Dedrick, veut acheter en fausse monnaie un troupeau de chevaux au Mexique, toute une histoire) pour faire tomber le Kid dans un trafic de bétail/fausse monnaie. Wild+West = L'équation est posée, l'opération lancée, qui suscite à raison la méfiance du Kid. Le reste relève de la démonstration de force, et de la légende.


« Le lecteur comprendra bien à quel point ce serait étrange
de parler de moi-même à la troisième personne, donc, au risque de paraître égocentrique, j'utiliserai la première personne dans la suite de cet ouvrage. »

Désormais le récit se fait rapport, qui montre les ressorts façon ruée vers l'or, l'appât du gain, de la prime qui prime, la gloire et sa rançon, qui fait office d'étalon moral et de Pat Garrett son officier : un Marshall (fédéral adjoint) entouré selon lui d'une clique de lâches fanfarons mexicains et de quelques Américains. Pat dégrossit le pseudo-gang et grossit le trait, charge la mule et décharge son pistolet sur un cheval, raille le Kid et se fait railler, tient salon et siège, obtient la reddition du pseudo-/duo-gang (Billy et Rudabaugh, brigand promu policier) contre un souper, se dit prêt à défendre ses prisonniers contre foule et lynchage, tend, mais tarde à le prouver. Pat, Bell et Olinger (ses nouveaux adjoints) sont dans le même bateau. Bell et Olinger tombent sur le Kid. On devine qui reste.

« Le Kid courut à la fenêtre située à l'extrémité sud du hall,
vit Bell tomber, fit glisser ses menottes le long de ses mains, les lança sur le corps, et dit :
«  Tiens, connard, prends ça aussi.” »

On (Pat & Ash) ne sait pas comment ça commence, mais on (Pat surtout), sait comment cela finit (« Je ne tiens pas à te faire de mal, mais je me bats pour rester en vie »). Le Marshall, qui parle désormais en son nom, s'en tient à sa version (sous-titrée pour les malentendus) : défait à cause des bras cassés, des jambes de bois de la troupe, tricard, il lance la traque, trippe et chose-trappe, élève une statue au Kid sur un piédestal pour mieux l'y remplacer. Le Kid, parti pour se tailler un steak et Pat la part du lion, le second tire sans sommation, répond par les armes à la question du premier – Quien es ? ? Who is it ? ? Quo vadis ? ? Qui va là ? – et liquide sans la résoudre son équation.


« Trois ou quatre pages supplémentaires, qui pourraient leur paraître inutiles ou superflues, 
mais que j'ai néanmoins décidé d'insérer pour ma satisfaction personnelle, 
et que j'invite mes amis à lire. »

Epilogue : où Pat Garrett tente de convaincre qu'il convainc, exhibe son Billy pour toucher la prime et des royalties, en l'absence de témoin pouvant le contredire. Expertise, juge et parti, entre soi et entremise. On parie après (trois) coup(s) : sursis ou sursaut, présomption (« On ne saura jamais si le Kid m'avait reconnu ou non »). Jesse James pouvait avoir jusqu'à une demi-douzaine de revolvers sur lui : Billy the Kid n'en avait qu'un et ne l'a pas sorti. Le résultat des analyses ne dit rien sur l'intention (la trahison) de Pat Garrett. Verdict : « l'homicide était justifiable. » [Hidden track : l'Addenda pas secret de Pat détaille ça, comment la justice blanchit le bon cowboy plus blanc que blanc, qui revient sur les lieux, montre et maquille – la tête que lui seul est à même de (re)connaître ainsi que la scène de crime – par une reconstitution grossière, se pose en victime, mais se lave les mains avec ostentation pour effacer les traces de sang.]

« A l'attention du Gouverneur Lew Wallace, 
Cher Monsieur, J'ai lu dans La Gazette de Las Vegas un article affirmant que 
Billy “'the Kid”', le nom sous lequel je suis connu dans le pays, 
est le chef d'une bande de hors-la-loi qui aurait ses quartiers à Los Portales. 
 
Cette organisation n'existe pas. »

Fa(c)tchecking. Check/Shake your body Billy, pour démont(r)er la théorie de Pat Garrett. Homme de paille, à peine fétu, auréolé de ta gloire et de celle de t'avoir enfin. Descendu. Suicide by cops, c'est entendu. Tout le monde a marché, conclu. A la mort non préméditée, sans intention de la donner mais tout de même. C'est toujours la même chose, non ? La même rengaine, celle de celui qui dégaine, la raison du plus fort – du dernier qui a parlé, du premier qui a tiré, du plus adapté – du vainqueur avec sa bonne tête de vainqueur. La bonne pâte du bon Pat qui montre patte blanche, justifie ses manquements réels au code de déontologie (« une grenade ne se jette normalement pas en cloche sans un minimum de visibilité, mais, voyez-vous, il y avait un grillage et il faisait nuit donc ce gendarme n’avait pas vraiment le choix et il convient de l’absoudre », cryptage de Lundi Matin, via l'affaire Théo, sur la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, tué par un policier dans le noir dans le dos et sans sommation : tout comme Billy. A ceci près que Rémi n'avait commis aucun crime, Billy 21 selon Pat, 4 selon les historiens) par ceux supposés de l'ennemi (anarchiste, gangster, terroriste) qui défie ipso facto l'ordre établi par d'autres que lui.

« Ô stupides manieurs de crayons Faber n° 2 . Ô gaspilleurs risibles d'encre Arnold Bleu nuit !
Que diable imaginez-vous que mon objectif puisse être autre ? (…) Savent-ils combien de milliers de dollars en bétails et autres biens mon exploit a permis à ceux qui m'ont « récompensé » d'économiser ? »

Au fond ce qui importe ici, ce ne sont pas tant les faits, véridiques ou non, que la façon dont ils sont manipulés pour construire l'accusation. Autrement dit : la fabrique du criminel par la police et la justice capitalistes des gros propriétaires, gros éleveurs et accapareurs (dénoncée trois siècles et demi plus tôt en Angleterre par Thomas More dans L'Utopie), qui vise(nt) à empêcher le paria désigné de se défausser de ses cartes et de son identité – truquées, marquées par d'autres – la dite mauvaise graine de se séparer de l'ivraie. Du grain à moudre, sésame pour les journaux et autres chasseurs de prime, qui tous construisent leur Billy de son vivant, pronant la primauté de leurs découvertes (c'est-à-dire de leurs inventions, jusqu'à faire de lui un baba aux « quarante voleurs ») sans lui laisser jamais ni répit ni repos, rejoints à sa mort par sept dime novels (ancêtres du livre de poche qui participèrent à l'élaboration et historicisation d'un roman national par la my(s)thification de ses héros – cowboys, farmers vs out-laws/-landers – comme le rappelle Thierry Beauchamp) avant la publication du récit de Pat Garrett.


« Je serai au rendez-vous, mais assurez-vous que vos hommes soient dignes de confiance :
je n'ai pas peur de mourir au combat, mais je n'aimerais pas crever comme un chien sans défense. »

Fast is fine, but accuracy is everything — La rapidité c'est bien, mais la précision c'est tout (Wyatt Earp). Garrett et sa biographie ne possèdent aucune de ces qualités. A sa sortie, le livre ne remporte pas le succès escompté ni Pat la prime, faute d'avoir pu prouver l'identité du défunt et supposé Billy the Kid. En revanche La véritable histoire de Billy the Kid servira de base à tous les récits et films, à la légende et aux études qui suivront. Avec la judicieuse réédition de cette vivante traduction dans la collection poche Griffe Famagouste (aux côtés notamment de La Saga de Ragnarr loðbrók, autre personnage aussi mythique que composite), accompagné d'une préface large et fouillée d'une vingtaine de pages à mi-chemin entre enquête policière, narrative non-fiction et poésie rimbaldienne (Délires : Alchimie du verbe - A moi. L'histoire d'une de mes folies.), Anacharsis poursuit son riche et travail de passeur (« mettre le lecteur en présence d’un questionnement sur l’altérité ») et de (re)découvreur («  nos publications invitent à la découverte d’un extérieur aussi bien situé dans le temps que dans l’espace ») dans un format qui permet, à l'instar des dernières éditions du Walden de Thoreau (res)sorties au printemps 2017 chez Le Mot et le Reste ou Gallmeister, de pouvoir emporter l'ouvrage en cavale, carte à l'appui, sur les traces réelles ou imaginaires du héros.

Billy a été tué, donc n'est pas mort (de sa belle vraie/bonne mort). C'est juste que, parfois, les meilleurs partent les premiers, en éclaireur, pour montrer la voie (ce qu'il faut/ne faut pas) aux suivants. Pour s'en assurer, il faut encore. (Re)Lire la première partie de ce Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) à la lumière cette seconde. Lire La véritable histoire de Billy the Kid. Lire et relire (l'ouvrage s'y prête), si et quand et autant qu'on le peut/pourra Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon — qu'il soit réédité à son tour pour cela (on l'a dit, le redira). Lire Michael Ondaatje, Billy the Kid, Œuvres complètes, éditions de l’Olivier, 1998. Lire Jack Spicer, Billy the Kid, traduit par Joseph Guglielmi, édition bilingue préfacée par Jack Roubaud et publié par L’Odeur du temps en 2005. (Re)Lire Spoon River, Edgar Lee Masters, traduit et poursuivi par le Général Instin, paru aux éditions Le nouvel Attila. Lire Narration, de Gertrude Stein (justement déniché dans les rayons de la librairie L’Odeur du temps), ici sur les spécificités du récit américain et journalistique. Et puis lire entre et déplacer les lignes, voir et créer, vivre et écrire autant que l'on peut et veut dans la marge, rejouer la partie jusqu'à l'emporter et toujours tout remettre en jeu.


« Parfois le sens de la liberté et du jeu s’éveille chez les irréguliers de l’Ordre. Je pense à Giulano, avant sa récupération par les propriétaires terriens, à Billy the Kid ». (Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre l’usage des jeunes générations).

« Je pense à Dean Moriarty, je pense même au Vieux Dean Moriarty, le père que nous n'avons jamais trouvé, je pense à Dean Moriarty. » (Jack Kerouac, On the Road)

« Your goal as Billy The Kid is to stay alive, collect at least ten keys and then find the exit to the next level, shooting enemies and collecting guns, tools, loot, and food along the way. » (Billy the Kid by Alive Software)

Crédits : Texte et photos © Eric Darsan (Photo de couverture face à Vila Nova de Milfontes, autres : Ok Corral dans le Cantal, canyon et feu de camps à l'ouest d'Almería – sanctuaire et décor de western spaghetti – ou encore une armurerie à Lisboa). Extraits et photos de La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett © Estelle Henry-Bossonney, Anacharsis, Griffe Famagouste, 2017, Photo hypothétique de Billy the Kid et Pat Garrett © The New York Times.

Addenda politique : Thomas More, avocat, historien et philosophe, vient par anticipation au secours de Billy dans son Utopie : « Que faites-vous donc ? des voleurs, pour avoir le plaisir de les pendre (…) Ma conviction intime, très éminent père, est qu'il y a de l'injustice à tuer un homme pour avoir pris de l'argent, puisque la société humaine ne peut pas être organisée de manière à garantir à chacun une égale portion de bien. »

Addenda poétique - Hidden track 2 (morceau de Billy caché, au pied du mur, derrière les fourrés) :Billy the Kid prend ses clics en haut débit dans le wild wild web Billy the Kid prend ses claps dans le bois sacré Billy the Kid s'écrYe comme ça se prononce Billy the Kid te kiff en scred Billy the Kid te kill en 2 2 Billy the Kid n'aime pas le poulet Billy the Kid ne boit pas Billy the Kid ne fume pas Billy the Kid fume Garrett sur Garrett Billy the Kid Bring the war home Billy the Kid rejoint le Rojava Billy the Kid Tarnac Billy the Kid graff ZAD partout Billy the Kid ne manque pas de Bure Billy the Kid est de tous les combats Billy the Kid tag Billy the Kid is coming here Billy the Kid est en chacun de v-/n-ous Billy the Kid meurt mais ne se rend pas Billy the Kid ne demande qu'à vivre Billy the Kid est juste du côté de Billy Billy the Kid is/is not dead/or alive Billy the Kid is/is not (only) Billy the Kid.

mercredi 28 février 2018

Pas Billy/Billy (Julien d'Abrigeon contre Pat Garrett) – Partie 1/2 : Pas Billy, Julien d'Abrigeon

Croiser le fai-/-re et le di-t/-re. En train de. Cheval de. Trait, d'un seul. Entre les (d-/y-eux). Regards qui se portent – ne pas loucher, broncher – s'évitent, se suivent, pour mieux se (ren)contrer/confronter. Pas un. Pas un(e) geste (mais deux) qui. Tisse la vérité/brode le mensonge. (Tu) Perd(s) (à face)/(Je)Gagne (à pile). Gauche/Droite. Cut-up-per-cut/-class. Fortune cookies truqués, pépites sur lesquels les dents se cassent, les mains se lèvent, les coups de pieds aux. Se perdent les balles dans les. Trous de mémoire, ornières.

Pas Billy. Pas Garrett. Donner/Laisser sa ou la chance/parole à chacun des deux. A celui qui (s')échappe, (s')exp[l]o[-re/]-se, en vols et cavales/Au planqué qui a (at)tiré le premier, (l')a lâchement dégommé. La proie pour l'ombre, l'alter pour l'ego. Envolées lyriques et embuscades.

Lectures croisées, success-/addict-ives stories. De Pas Billy the Kid, de Julien d'Abrigeon, sortie le 12 mars 2005 dans la collection Niok des éditions Al Dante. — A ce jour épuisé. De La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney, préfacé par Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis.


Part one (1/2)Pas Billy the Kid, Julien d'Abrigeon
Alias le roman avorté de Lew Wallace Alias l'arme à gauche
— Alias un bouquin qui se lit encore quand le Far West revient au pouvoir aux USA 
et frappe à nos portes [dédicace]

Billy the Kid → William H.Bonney → Henry McCarthy (qui n'est pas the McCarthy) : Nom surnom prénom dérivé hypocoristique diminutif pseudo-/crypto-nyme vrai nom. Généalogie en boucle d'un homme fait par lui-même et les autres — self-made/-fish-Kid (« N'ayant presque pas connu son père, il n'a pas fait carrière dans le crime sous son patronyme. ») Regarder d'arrière en avant, d'hier à aujourd'hui, ici et là, le désœuvrement, les larcins, le délit de. Fuite et mort d'un héros fait de héros, ses pairs – de Jesse et Frank James, de Ned Kelly, des Daltons, de Bonny and Clyde (Hors site 4&5 – Etaumne) jusqu'à Mesrine (qui n'est pas cité ici — trop loin, trop proche) – tous abattus lâchement et sommairement. Leur(s) crime(s) : avoir volé les riches, les éleveurs, les propriétaires, pris les armes contre l'injustice, les banquiers et les policiers.

« Je construis les héros que je recherche. Je recherche des héros pour me construire. Je ne rencontre pas mes héros alors je les recherche, je les construis. »

La réalité du héros officiel : Lew Wallace, génocidaire, Buffalo Bill, Tristesse de la terre. La poésie du héros populaire : Pas Billy, criminel malgré lui, nous & vous, la geste de l'esperluette. Passer par le cinéma, la musique, l'orient – Constantinople – chercher la lumière du levant au couchant. Ecrire du Far West de l'Europe sur le far Far West des States. Suivre comme son ombre – pas plus ni trop vite – et marcher dans les pas de Billy the Kid → tomber→ sortir→ éviter les pièges/la traque. Narrer tout ça, se marrer en se disant à quoi bon pourquoi pas, con-ten-/-ter le diable/se jouer de/se reconnaître en lui — « Maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable, main droite du diable, main droite du diable maman m'a dit qu'un flingue est la main droite du diable. » (A main gauche, La Mer gelée, numéro Maman).



« Il est, dans les foires, des labyrinthes faits de miroirs et de glaces, où seul notre reflet nous guide (…) Il nous & vous faut pourtant prendre la route, à bras-le-corps, comme un courage à deux mains, une droite, une gauche, une deux, droite gauche. »

Entre chien et loup, la proie et l'ombre. De l'un à l'autre qu'un pas (cap ou pas). Etre flingué ou pas. Pique la curiosité, Henry. Bouffe les pissenlits, Billy. Mauvais garçons, fils à/de, fais (pas) ci, (pas ça) fissa. Et puis soudain, épisode 1 : BTK versus GIPN (« le Bronx dans le Massif central », Sombre aux abords, abroad & inside), l'arme à gauche — automatique, l'arme. Violence-roquette en bandoulière, la cible comme marque-page. La patience de mise (à toute/rude épreuve), la monnaie émise. Remisé, épuisé Billy, la tête mise. A pri-x/-s (cher). Journal, orthophonique, épistolaire d'enfant sage et drôle et fier. Jeux du je, d'écriture à contrainte d'amateur de pointure, marcher dans les pas toujours jamais croiser son double et son contraire paradoxe spatio-temporel et génét(t)ique assumé — (« La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit » (Gérard Genette, Figures III) — Je suis Billy the Kid/Je m'appelle Zaroff est le nom que l'on me donne.

« Décapsuler des dindons au revolver est un jeu qui permet de tuer le temps et, accessoirement, des dindons. »

Empr-un/-ein-ter une plume, un chemin, une histoire. Le rayonnement fossile d'une star. En (re)venir aux faits divers et réels (quand la réalité étriquée se prend telle qu(')elle (est) pour le grand ensemble du réel), psychologie de conte def (inside abroad again). Pat & Bill copains comme cochons tuent des dindons comme d'autres vident des canons, s'entendent comme lardons, fixent leur baromètre et leur boussole morale selon leurs propres inclinations (« l'Ouest c'est la gauche »). Pour le(s) comprendre il faut suivre l'homo-/la paro-nymie, les analogies, lire entre les lignes, déchiffrer l'écriture spécul-ative/-aire [miroirs]. Sans tain/taire, voir à travers. La page, par transparence, révélant une histoire différente [//parallèle//]. Explorer de toutes les façons (l'un) possible[s] l'imaginaire et l'inimaginable.

 
« Pas Billy à la même coupe de cheveux que lui-même (s'il est le vrai Billy). »

Reconnaître Billy/Pas Billy (« On ne sait pas qui n'est pas Billy the Kid ») quand on le/il se croise si on/lui-même survit ((« Je suis Billy the Kid. Je tue les méchants et les gentils. Je tue tout. »). Porte le chapeau (« Je suis Davy Crockett. »). Suivre les flèches (« “Dindin” (d'Indien) »). Préférer le calligramme à la calligraphie, les alias au déni, au dédain, aux faux sangs blancs, visages pâles aux langues fourchues figeant le râle du héros, spéculant sur la couleur de son cheval. Distinguer l'identité du rôle. A court, Billy cours/ne court plus/n'a plus cours (rEwArD wAntED DEAD or Alive (« Je vaux aussi cher vivant que mort ») 500 $ → 1000 $ → 5000 $ → 0 $). A bout de souffle comme un pour un Godard/dollar de plus. Choose life, going to Mexico (I mean down in Mexico, Just look up a cat named Joe), or not — « Je suis l'ennemi public n° 1. Je suis le mal, ils sont le bien. Ça se discute. » ou pas.

« Billy va devenir ce qu'il ne doit pas être aux yeux de tous, un homme. »

Quand ça se discute, ça s'écrit, Billy y compris. Chez Ondaatje, Julien d'Abrigeon retrouve SON Billy. Impression de déjà vu, soleil couchant. Gestes et mots s'échangent, l'auteur s'épanche, se confie à ses amis, à ses lecteurs ici. Billy devient PAS Billy. Genèse et exégèse du héros qui poursuit son chemin jour et nuit — « J'ai peut-être, comme Wallace, un véritable héros sous le nez. Je vois 1650 adolescents par jour. Je ne vois aucun héros. » Alors Julien enquête, en quête de héros se penche sur les négatifs, les films (micro ou non), dé-classifie/-construit son homme, empaille, se dé-mène/-penaille. Parler de soi avec les mots des autres, des autres avec des mots à soi. De Wallace, de John Wayne, de Liberty Valence qu'il tua, de JFK, du pétrole, des Indiens, du bétail, de tout le toutim le totem, c'est tout un. Sur le grill, Buffalo. Les pieds dans le plat, sur la sellette.



« Je n'ai plus envie de me battre je n'ai plus de feu, de plus j'ai pas touché une arme depuis la publication de votre avis de recherche don't want to shoot them anymore. Quant à mon attitude, demandez aux gens d'ici, chacun vous dira que la plupart des habitants sont mes amis ouvre-moi ta porte, et qu'ils m'aident de leur mieux, prête-moi ta plume (...) ouvre-moi ta porte où je frappe frappe frappe en pleurant »

Quand ça ne se discute pas, c'est au lasso que ça se (la) joue. Les cowboys dans les cités, la grosse artillerie pour ne pas manquer d'aplomb, la même rengaine dégainée chaque fois (la bible tout ça) : zones de non-droit et insécurité. Même là, même las, Billy essaie. Témoin du crime sans l'avoir commis, rejoint par Julien dans sa lettre au gouverneur Wallace, dans cette fiche de personnage, par le livre et le flingue, malgré le gaucher passé à droite, dans la ré-ction/-pression, la confusion et la perte, malgré l'art de la guerre devenu cochon. Depuis, le porc devenu président, le trouble de l'ordre public et l'objection, l'antique mensonge devenu vérité – Lingua Trumpii Imperii : fake news, alternative facts (« Les mensonges sont vrais, les hommes de droite prennent le pouvoir, la Bible est là, tout est en place pour le show. ») – le bizz, le bisbi, le grisbi, le biffeton idolâtre sur lequel figure dieu le père (bien et mâle réunis en un clin d'œil), Amen. 
 
« Je suis pas content. Je suis Billy the Kid et je suis pas content. »

Epuisé Billy/Pas Billy. L'enfant, avant d'être homme/Le livre, en l'état actuel. Des choses, il s'en est dites pourtant. Il s'en dit toujours. Il s'en dit à l'instant. De lui, d'eux, on espère qu'il s'en dira encore. L'homme manque, le livre manque. Pas les mots, pour s'écri-re/-ers et dire. Le mythe & la vérité, le sens & le sentiment, qui perdurent. Ce qu'il faut de cran et d'injustice pour faire un héros malgré lui/les autres, ce qu'il est/naît (won't you please come home where the grass is green and the buffaloes roam ? ). Victime de préjudices à répétition, rebelle aux lois plus que bandit, justicier plus que brigand, Billy, plus qu'il dénonce, venge le sort fait aux pauvres et aux Hispano-américains par une autorité et une justice corrompues. Temps et ballade des pendus. Ni super vilain ni super héros, Pas Billy the Kid est Billy the Kid comme et pas comme Pas Liev est Liev. Au bout du nez (trop court), la corde au cou (trop haute), les flics au (cut).


« Je ne suis PAS Billy the Kid. »

Se sortir/Sortir Billy/Ressortir Pas Billy de là, de sa prison de papier maché, de sa silhouette de carton-pâte, enchaîné à son destin comme Ulysse à son mat. Lui redonner/laisser l'occasion de. Se déchaîner (Je ne suis PAS Billy the Kid). Tracer son propre horizon : devenir mur [ne plus porter le chapeau]. Ou bien de. Se rendre (c'est à dire pas au Mexique, Billy the Kid partirait au Mexique). Grandir, « tuer le gamin en moi » (promis-juré-craché), se défausser (chasser les fossettes), (se) réaliser. Trop tard (trop tôt pour le dire) trop tentant (« Je me construis en tant que héros. Je suis Billy the Kid ») : il faut que la légende s'écrive en lettres d'or, ou de sang. Sors de là, basta(rd), affronte les sirènes. Par()le haut, pare les coups bas. Get out Billy, prends ton BOB (Bug Out Bag), out-law ! Quand on cherche, on finit toujours par trouver plus fort, plus riche, plus malin que soi. Un de toi est de trop dans cette ville. Marche pas à l'ombre, pas les pieds devant, walk the line du bon côté de la barrière, évite les barbelés, les Bartleby. Fait gaffe à la gâchette, à la main froide qui défaille, hésite (une sec, une seule cette fois) et il n'y aura pas de duel. Pas cette fois.

« Je n'étais pas chef de bande, j'étais juste du côté de Billy. »
(Billy the Kid au Las Vegas Gazette, 27 décembre 1880)

Fan et féru de Billy, de musique (Dylan et Phil Ochs pour ne citer qu'eux), de cinéma, Julien d'Abrigeon met tout cela dans la besace de son Pas Billy. Balance la bande et le son – le fils prodig(u)e, le Kid quoi – en haute définition. Lui redonne vie, liberté, indépendance. Démonte, met en evidence les réseaux qui participent à la fabrique moderne de l'homme, du héros et de ses interprétations mythiques, musicales et cinématographiques (6 degrés de séparation 4,74 d'après le New York Times, 3 dans le même pays) de l'Amérique, du Nouveau Western (Les States sont une sorte de multinationale). Remonte les sources, descend en rappel, décroche, se rafte, se précipice, s'inscrit en vrai-faux contre la légende officielle et ses produits dérivés qui dépolitise le sujet pour en faire un objet — T-shirt du Che et drapeaux Bob Marley. Redonne voix et corps et sang et eau, un colt et des cartouches à son héros. Un héros actuel, né trop tard, mort trop tôt.
 
 « Laisse là ce je Fonce tête baissée Baisse toi & fonce Tête baissée »
(Julien d'Abrigeon dans Pas Billy the Kid, à découvrir sur Tapin².)

Pas roman, c(h)oral, poétique et politique, bourré de références, d'interférences, d'ir- et de révérences, Pas Billy the Kid est, à l'image de son personnage, un pro-/su-/ob-jet protéiforme, dont on suit la (dé)construction virtuose par ana-/méta-morphoses. Un texte juste et attachant sur l'enfance et la construction de l'identité par et malgré le jeu et le masque (la persona, lat. per-sonare : parler à travers). Un Billy/Pas Billy the Kid en kit, plus complet que jamais. Beau, sincère, drôle et touchant, ludique, stimulant, inspirant. Qui donne envie d'aller plus loin. Qui a déjà quelque chose du Zaroff (Léo Scheer, collection Laureli, 2009), du Sombre aux abords (Quidam, 2016 ) de son auteur. Des Deux scènes familiales de la vie du Général de Marc Perrin (Général Instin, Anthologie, Le nouvel Attila, collection Othello, 2015), de la geste de Farigoule Bastard de Benoît Vincent (Le Nouvel Attila, 2015 ), ou encore d'Anne Kawala, Le cow-boy et le poète (Chevauchépris) (L'Attente, 2011).

De ces textes qui. Slament & slashent avec panache, s'ellipsent, se confient, se donnent, se prêtent. Attention à la forme comme au fond. Qui touchent, typ(ograph)iques, et tapent. A l'oreille s'élèvent encore. A la voix résonnent plus fort. Des textes qui en ont, vont et viennent. De pairs, de cœurs. Et qui font. Qu'il faut. Que l'on doit. Rééditer Pas Billy the Kid de Julien d'Abrigeon (s'il y a un éditeur dans l'article, ou s'il est un qui viendrait à s'y retrouver). Le lire et le relire (si/quand/et toutes les fois où on le peut/pourra). Et lire La véritable histoire de Billy the Kid par Pat Garrett pour savoir à qui l'on a affaire, et lire (et dire) et faire tout ce que l'on (en) pourra (franchir les barrières et tout ça). Pour que l'aventure littéraire et réelle se poursuivent (l'une l'autre) et que, par elles, le Kid et ses pairs continuent à vivre.


Remerciements : à Julien d'Abrigeon pour ce livre et pour cet exemplaire, l'un de ces trop rares en circulation et qui demeurait en sa possession il y a plus d'un an déjà (et qui ne perdait rien pour attendre — le temps de partir en cavale pour mieux s'en saisir).

Crédits : Photos © Eric Darsan (Photos de couverture : Ok Corral dans le Cantal) Extraits et photos de Pas Billy the Kid © Julien d'Abrigeon, 2005.Photo pas de Billy : le Pas Billy de Lois Gibson créé à partir du Pas Billy de Ray John De Aragon qui serait le Pas Billy de Lucas. Source : © Santa Fe New Mexican & SFGate, San Francisco Chronicle. Vidéo © Moriarty, Naïve, 2007 (Jimmy, extait de l'album Gee Whiz But This Is a Lonesome Town) Visuel To be continued : One Piece © Eiichirō Oda, Toei Animation.

Coming soon : La véritable histoire de Billy the Kid, de Pat Garrett, dans la traduction d'Estelle Henry-Bossonney avec préface de Thierry Beauchamp, sortie le 9 janvier 2008 — Réédité le 10 avril 2017 dans la collection poche Griffe Famagouste d'Anacharsis. La véritable histoire de Billy the Kid (qui est sans doute) La véritable histoire de Billy the Kid (n'est résolument pas) La véritable histoire de Pas Billy (et probablement pas) La véritable histoire de Billy the Kid, mais plutôt (c'est à dire d'abord), comme le rappelle la préface : La véritable histoire de Billy the Kid, le fameux desperado du Sud-Ouest, dont les actions audacieuses et sanglantes firent de lui la terreur du Nouveau-Mexique.

mercredi 24 janvier 2018

Hors site — Saisons 4&5 : Etaumne 2017

«  Mis en consultation à l'automne dernier par le ministère de l'Ecologie, le guide de réutilisation hors site des terres excavées en technique routière et dans des projets d'aménagement vient d'être publié. Elaboré par le BRGM et l'Ineris, ce document « expose les règles de l'art et les modalités sous lesquelles certaines terres peuvent être réutilisées dans une optique de développement durable, de protection des populations et de l'environnement », indique le ministère. Il est issu des échanges d'un groupe de travail sur la thématique de la réutilisation des terres excavées, mis en place en 2009.

Il commence par rtappeler que les terres excavées ont le statut de déchets et que leur gestion en dehors de leur site d'origine sera réalisée conformément à la législation applicable aux déchets, notamment en ce qui concerne les modalités de traçabilité et de responsabilités. Ainsi, conformément à l'article 541-2 du Code de l'environnement, tout producteur de déchets est responsable de leur gestion jusqu'à leur élimination ou valorisation finales. »

(Caisse des dépôts des territoires, Rubrique Environnement - Energie - Transports Habitat - Urbanisme - Paysage).


Hors site saison 4&5. Qui (é)tonne, été qui s'installe, indien et cowboy à la fois, se faufile entre causses (perdus) et déserts (solitaires), contraste entre nuits (froides et noires, étoilées ou lunaires, sans pollution nocturne aucune) et jours de lumière (roides et clairs, sans nuage ni ombre, aux paysages renouvelés), glisse sur et via routes et cols, hameaux et vill(ag)es, terres et mers et vallées vers un automne aux allures d'hiver, s'y sou-/ab-strait, agglomère pour mieux s'emporter, se laisser dérober/retomber sur ses pieds, se dé-lasser/-lester. Dis-/Ap-paraître. Entre-deux : ports d'attache/bâtiments solides et mouvants. Où, long court, se posent. Questions et réponses, actions et réflexions tout-en-un. Geste engagé, poélitique à mi chemin. Liberté conditionnée sous- mais a-vide, pleine et entière comme une pierre. Qui roule d'(in)édits en revues, de rencontres en perspective(s), de livres en films, le froid aidant. Qui claquent et clapent et sourient et parlent. Des animaux, des droits civiques, d'aventure, d'écriture, de mythologie, de folie et d'acouphènes, de musique, de science-fiction et de fantastique. Du pourquoi et du comment. De tout ce qui se v(o)it, s'entend, se crée, s'écri-e/-t, se li-e/-t.

D'ici vers ailleurs,
Quelques contenus que j'ai eu le plaisir de produire :


20 septembre : seconde contribution et première note de lecture sur Sitaudis  Notes de Voix, d'Anael Chadli, préfacé par Marie Cosnay, Approches éditions. Sortie mai 2017. « Voi-es/x, comme en écho, vois : ce qui s'avance, se dessine, sans entendre encore d'où (pro)viennent ces Voix (…) Du lisible au visible, de la page noircie au bruit blanc, synesthésie plus que cénesthésie d'un corps espace-temps (…) Dans le fond(s), Notes de Voix demeure, en soi et pour soi, un(e) geste poétique, syn-a>o-ptique, persistance rétinienne d'un monde réversible (jeu de Khasar, de lettres et du dictionnaire)…. » Lire l'intégralité de l'article sur Sitaudis.

25 septembre : première contribution à La vie manifeste — Poreuse, de Juliette Mézenc, préfacé par Marie Cosnay, publie.net. Sortie le 06 septembre 2017. « Il (y) est/hait. Il y a. Là, « quelque chose de lumineux et de tuant. » Des visages Camus de La Peste et de L’Etranger. Des corps migrants, refoulés, échouant aux por(t)es de la peau. Ici la rencontre avec soi/l’autre comme autre n’est jamais rencontre que d’une image, endoréique et exotique, mutante et fantasmée, collante et décalée. Qui touche, marque. Du sceau de l’expérience au seuil de La Nausée. Là, le malentendu règne, existentiel plus qu’essentiel. Passe par la vue, le toucher, s’impose et se superpose. On ne s’y baigne qu’en border, de peur de sombrer... »

1er décembre : contribution à Poezibao (Note de lecture) Fantasqueries, Jean-Pascal Dubost, Ed. Isabelle Sauvage. Sortie novembre 2016. « Un petit recueil d'une dizaine de ''poèmes en bloc'' dont chacun est fait pour être soufflé à haute voix selon la méthode ''spirométrique'' explicitée en avant et amont, re-prenant/-donnant souffle au suivant (…) pour former la matière d'une poli-anthologie, d'un florilège qui éclot sur la feuille noircie et pétille sous une langue fleurie. »
Lire l'intégralité de l'article sur Poezibao.

08 décembre : contribution à remue.net (on a lu, lisez donc) Jusqu'à la bête de Timothée Demeillers, éditions Asphalte. Sortie le 31 août 2017. Finaliste du prix Hors-Concours. « Précis dans le fond comme dans la forme, Jusqu’à la bête est le récit nécessaire et implacable, sans fausse pudeur ni injonction morale, in vivo et invivable d’un meurtre perpétré, connu d’avance et omniprésent, mais occulté partout (si ce n’est par tous et toutes, du moins nombreuses et nombreux) : celui des bêtes, celui de l’individu qui le commet (ici le narrateur) et celui de (on l’apprendra à la fin du roman)... »


D'ailleurs vers ici,
Quelques événements auxquels nous avons eu le plaisir de participer/d'assister Lou et moi :

Juin 2017 : Hors concours : Membres du jury de professionnels dans le cadre de la seconde édition du prix Hors Concours pour la seconde année consécutive. Choix des cinq finalistes puis du lauréat parmi les éditeurs et auteurs participants. Des titres connus et chroniqués (Marx et la poupée de Maryam Madjidi chez Le Nouvel Attila, La femme brouillon d'Amandine Dhée à La Contre Allée – sur le Hors site 2 ou chez Lou et les feuilles volantes – qui a remporté le prix) pour une partie ou découverts dans ce cadre (Jusqu'à la bête de Timothée Demeillers – voir plus bas).

26 octobre : Rencontre avec Pierre Terzian animé par Philippe Guazzo à la librairie Le Comptoir des mots pour la sortie de son roman Le dernier cri. Une belle soirée riche en rencontres et échanges. Grâce à Philippe Guazzo, qui a su animer avec brio et faire lui aussi, évidemment, le lien avec Debord. Grâce à Pierre Terzian qui a traversé l'Atlantique à cette occasion pour évoquer le livre et toutes ces questions. Grâce à sun/sun qui, depuis sa création, sait, toujours davantage « allier le fond et la forme et faire advenir le sens » – Avec en bonus des badges de (et à) caractère(s).

3 et 10 novembre : Inauguration de l'exposition « Corps de lettres » et Soirée Dithyrambe consacrées à Anael Chadli. Organisées par Dixit Poetic, La porte des secrets et la Médiathèque de Monterfil. Animés par Jean-Pascal Dubost et Blandine Conan (La Cave de Merlin). L'occasion d'entendre et de voir le poète et plasticien Anael Chadli, à travers une formule associant conception et dégustation de cocktails et de poésie, incarner oralement et physiquement ses Notes de Voix et de découvrir in situ et de visu ses Voix et autres paysages d'écriture.

Jusqu'au 7 janvier 2018 : Jack London dans les mers du sud, Vieille charité de Marseille. « Une sélection d'oeuvres majeures, issues des collections du MAAOA et de grands musées spécialisés dans les Arts Premiers, sera présentée aux côtés des objets rapportés par Jack London lui-même [illustrant] son voyage dans les mers du Sud entre 1907 et 1909 à bord de son voilier le Snark, en compagnie de sa femme Charmian. » Une invitation au voyage réel comme imaginaire, dépaysante et inspirante.

Jusqu 'au 14 janvier 2018 : Hip Hop : Un âge d'or, [MAC] de Marseille. Une très riche exposition permettant d'entrevoir « Depuis les premières block parties du Bronx jusqu’à l’âge d’or marseillais (…) la formidable énergie et l’inventivité des DJ, des maîtres de cérémonie, des graffeurs et writers, des break dancers et de leurs crews » à travers de très nombreux supports (audios, vidéos, textes, images, photos) dont certains inédits et de nombreux originaux. Là encore, une source de (re)découvertes et d'inspirations inépuisable, dans le domaine graphique que musical, politique et poétique.


Ici et là,
Quelques bribes de lectures/chroniques/écrits Hors site :

LU La moitié du fourbi n° 5, mars 2017, Noir, et ce n'est pas la nuit. Sortir du silence, briser les sceaux avec et autour de sept contributions parmi lesquelles celles d'Angèle Paoli et de Thomas Vinau, dédiées à Guillevic auquel la m/f dédie/emprunte le titre de ce numéro. Raisonner dans l'obscurité. De la pierre mur-/tomb-ale au monument de San José consacré au Black Panther Salute de Carlos et Smith au beau portrait en creux de Nick Cave, entre fiction et prescience, par Anthony Poiraudeau. De l'expérience grotTesque, belle et ess-/exist-entielle de Romain Verger aux Chambres noires tout en imago d'Hélène Gaudy, qui rappellent les out-re-tombe/rages instiniens (poke le portrait original du Général Instin). Des sensibles entretiens de Zoé Balthus et Ryoko Sekiguchi A l'ombre de Tanizaki aux rapports de Frédéric Fiolof à la tauromachie (Leiris inside).Du magnifique, ép-/poét-ique, texte de Hugues Leroy (« il sait que les hommes tâchent la nuit, car les hommes sont créatures de sens. ») à l'œil oulipien et nyctalope de Ian Monk (Queval, Queneau, Roubeau et Le Lionnais outside). Du hors monde (inside & outside crane) Vanderhaegheien qui résonne toujours plus (« peu importe au fond ce que ces mots veulent dire, son attrait est pour ce qu'ils ''font'' ; écrire dans le noir, donc ») aux échos du Vide de la distance de Veronique Beland (chez sun/sun et chez Lou). Telles sont les nouvelles percées de ce nouveau numéro de la m/f Littérature & appels d'air et encore, Ce n'est pas la moitié du fourbi !) qui hésite entre l'ombre et la lumière jusqu'au terrifiant bilan mortuaire qui fait glisser le suaire d'une année de politique sociale en France, par Charles Robinson.

LU La moitié du fourbi n° 6, octobre 2017, Bestiaire. Déblatt-errer avec Frédéric Fiolof du grégarisme anarchique, de la proximité et de l'étrangeté des commensaux, cafards et chats, avec Anthony Poiraudeau. Des mythes avec Zoé Balthus, de l'intérieur vers l'extérieur et vice versa, de chez soi au Musée de la chasse avec l'étrange performance d'A.Poincheval suivie par Joy Sorman et interrogé.e.s, notamment sur la notion d'espace, par Hélène Gaudy. De la nature et la culture, de l'acquis et de l'inné, du travail de copiste à la chasse ou encore du végétarisme avec Coline Pierré et ses Animaux moches. Découvrir l'hallucin-é/-ant texte de Danièle Momont, La terrible affliction de Hugues Leroy, L'obsédante Instruction pour la bête d'Amandine André. Retrouver tout cela dans cette sixième, réflexive et érudite, génération de la m/f, particulièrement spontanée et portée par le thème du Bestiaire. Qui permet un large survol, de profonds piqués, et une vaste exploration, personnelle et actuelle, par ses auteurs et autrices, poètes ou universitaires, de leur rapport à cette animal-/human-ité plastiquement envisagée par Dominique Quélen, magnifiquement illustrés par Ernst Haeckel, mise en lumière par Charles Freger et sur lesquel.le.s plane l'ombre de l'abécédaire de Deleuze et de Derrida.


LU L'Anglais volant, Benoît Reiss, Quidam, sortie 21 septembre 2017. De ce(s) titre(s), livre(s), événement(s), personnage(s) improbable(s) vers le(s)-/au(x)-quel(s), l'on t-/r-end d'autant plus hommage après que le doute ait cédé devant la curiosité. Ainsi de cet étranger qui s'est jeté du haut de la falaise aux yeux et aux oreilles de tous, malgré les mains pour les cacher et le retenir. Ainsi du troisième roman de Benoît Reiss, qui joue des codes et de toutes les images rêvées et réelles de L'Anglais – avec un grand A et de grandes L – pour nous offrir ce personnage migrant, haut en couleur, flegmatique et spectaculaire, portant sur son dos, à la manière d'un homme orchestre, son univers magique et bariolé.
A son rythme, à son allure légère, à son humeur lunaire, L'Anglais volant débarque et nous embarque à la rencontre des paysages de Fayrolle, de ses reliefs et de sa végétation, de ses habitants, de leurs rapports à la religion et à la morale, de leur hospitalité, de leur quotidien et de leur(s) histoire(s). En somme, et en miniature, de tout un village, qui pourrait être n'importe lequel et tous les villages. Plus que par l'événement miraculeux que constitue son envol, l'Anglais volant va (r)éveiller, ouvrir, marquer, réjouir, par sa seule et multiple présence, la vie, les esprits, le cœur et l'imagination de ses habitants et ravir le lecteur qui voit le récit se (re)constituer pour devenir mythe et fable, conte et chant, digne des veillées.
Ingénu et ingénieux, poétique et lumineux, vif et délicat comme un nuage de thé dans le lait, L'Anglais volant de Benoît Reiss est un livre et beau aux racines profondes et à l'humanité contagieuse.

LU Guide de survie pour le voyageur du temps amateur, Charles Yu, traduit par Aude Monnoyer de Galland, Editions Aux forges de Vulcain. Sortie le 22 septembre 2016, et le 07 septembre 2017 chez Folio SF. Beau et captivant, drôle et nostalgique, ingénieux et intelligent, aussi malin que Charles Yu (l'auteur et son narrateur) qui le fait (le malin et le livre) – suffisamment pour s'en sortir autrement que par les pirouettes et traits d'esprit qui criblent, toujours avec bonheur et virtuosité cela dit, le récit – ce fantastique, saisissant et désormais incontournable roman de SF constitue également au fil des pages une remarquable, profonde et poignante évocation du temps, de l'existence, et de la fiction qui leur donne sens ou vie, merveilleusement évoquée par Lou pour Un dernier livre avant la fin du monde. Quelque part entre Interstellar, Fringe, Paycheck, la troisième saison de Twin Peaks et La jetée, ce « livre sorti de nulle part » en grand format aux Forges de Vulcain il y a un an existe également en poche chez Folio SF depuis tout juste deux mois déjà, dupliqué à des milliers d'exemplaires à vous procurer sans plus tarder !


LU L'instant décisif, Pablo Martín Sánchez. Traduction de Jean-Marie Saint-Lu. La Contre Allée, sortie le 22 septembre 2017. Une naissance, une enfance, une rencontre, une vie de chien, une fixation. Celles de l'auteur, de Clara, de Gerardo et Carlota, de Solitario, de José et María – on laisse de côté les particules, même si elles sont en l'état plus présentes, les personnages plus divisés les uns que les autres – au moment des derniers soubresauts du régime instauré par le Caudillo. Tortures, maltraitances en tous genres et vols de bébés, abus et harcèlement sexuel, violences policières et propagande journalistique, rombière et phallocrate, militant, étudiante et manifestants, enquêtes et dénégations, se croisent et se rejoignent pour vivre à nouveau, les uns contre les autres, un passé, un présent, un futur qui les lient à l'intérieur d'un pays aux horizons flous et aux définitions multiples entre colère, révolte et crispations.
Avec la verve, l'humour, l'amour des contraintes littéraires et la liberté de ton que l'on avait pu découvrir avec Frictions, Pablo Martín Sánchez prête voix, vues et intentions, espoirs et désespoir, aux gens, animaux et objets contemporains de cette Transition démocratique espagnole pour former l'espace d'une journée – répartie en six fois six instants à deux ou trois quarts d'heure d'intervalle et autant de personnages ayant soin de n'apparaître jamais dans le même ordre – le théâtre miniature d'un page turner politique aux images organiques aptes à faire revivre au lecteur, à la lectrice, le quotidien tendre ou rigide, réel et réaliste, des hommes et femmes contemporain·e·s de l'événement.
Un roman choral plus actuel que jamais – au lendemain de la déclaration d'indépendance catalane et de la répression madrilène (« Libertat, amnistia, estatut d'autonomia ! ») – qui offre l'image indéfinissable d'un monde tourmenté, ouvert à tous les vents, à ceux de la révolte comme de la réaction. Où règnent la lutte des classes, l'exploitation et le mépris, où l'on est toujours pris à partie et contraint de choisir ou de subir son camp (« celui qui n'est qu'à moitié révolutionnaire creuse sa propre tombe »). Le plus souvent les deux à la fois.

LU et RELU Imitation de la vie, Antoine Mouton, Christian Bourgois. Sortie le 24 août 2017. L'histoire cocasse de la rencontre d'un couple de psychologues introduit un autre récit : celui du manuscrit autobiographique d'un patient commun et disparu qui constitue l'essentiel de cette Imitation de la vie, second roman d'Antoine Mouton après Le metteur en scène polonais. Une imitation de la vie qui serait une imitation de roman qui serait une imitation de la vie. Comme s'il s'agissait de chercher, dans la vie comme dans l'art, comment ne pas faire en faisant. D'affirmer dans le même temps – aporie ou sagesse – leur caractère indéfini-/saisi-ssable.
Réflexif et intertextuel, avec un art du dialogue très nouvelle vague et pour toile de fond les insolites et saisissantes productions du cinéma expérimental (entre found footage et diary film, La cabale des oursins de Luc Moullet et la Lettre d'un cinéaste à sa fille d'Eric Pauwels – « un film qui en contient cent »), le fantastique, les souvenirs d'enfance ou des préoccupations très actuelles comme la montée de l'extrême droite, Imitation de la vie est un roman initiatique à tiroirs qui présente une succession indénombrable de mises en abîme, échos, reflets, abduc- et incep- tions (personnages, relations et situations, analyses et réflexions sur la narration), offre une débauche d'ébauches de romans, cultive jusqu'à l'absurde, non le vraisemblable, mais la possible et réaliste incongruité du quotidien à grands coups de théâtre, de dyslexie, jeux de mots, malentendus, lapsus et non-dits qui tiennent et malmènent l'histoire et la réalité.
En attendant peut-être le roman poétique qui (r)allierait ce goût du jeu et du récit à la dense puissance de ses recueils (Chômage Monstre (dont je vous parlais sur remue) ou Les Chevals Morts (dont je vous parlerai bientôt)), c'est un autre travail que l'on découvre ici, pièce particulière – « en-plus » – d'une œuvre qui ne s'y réduit pas, mais rejoue ses thèmes – le travail, le chômage, l'amour, la vie, la liberté, la folie et l'art de/pour concilier le tout, l'identification et l'intime (« ils auraient été négligents, voire méfiants », « nulle confusion possible dans son esprit entre le travail et la vie », « on confond tout le temps l'amour et la souffrance ici ») – mis en scène par un auteur aussi talentueux que touchant de sincérité, qui aime à s'enfermer derrière les codes pour mieux les casser, pose la question du pourquoi du roman à travers celle du comment, convoque à ce banquet tous ceux pour qui, à l'instar de Proust, « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. »


LU et RELU Le dernier cri, Pierre Terzian, sun/sun, collection echo. Sortie le 14 septembre 2017. Klaus Grimon, fils de et pas fier de l'être, traîne ses guêtres entre délire et acouphènes, hante les lieux très fermés ouverts aux performances plastiques en toc les plus désespér-ées/-antes, dans l'espoir de – sa rencontre avec Anna Mardirossian, metteuse en scène éreintée à force d'expédients, et un pétage de plombs/câble/baraque surnuméraire qui va faire de/bien malgré lui Le dernier cri, incarnation d'un milieu et d'une génération, vont le pousser à tenter de – sortir de sa léthargie.
Minimal Feelings, L'Igloo, L'Indien Sans Tribu, Redflag : entre blazes, slogans et aphorismes, à travers les vues, vies, et chapitres alternés de ses deux protagonistes, Pierre Terzian nous plonge avec humour et humanité au cœur du vivant et des problématiques de cette faune qu'il connaît bien, dépeint comme déconnectée du réel, non sans histoire mais sans désir, antihéros aux têtes d'a-/en-/ de dé-terrés, (dés)abusés par un milieu-miroir. Freaks naïfs et cyniques, embryons hypersensibles et exhibitionnistes qui tous cherchent comment faire partie (à tout prix) ou sortir (plus modérément) du système, du caractère primaire et castrateur de la culture subventionnée, enfants perdus et gâtés, récupérés et instrumentalisés par le marché.
Second roman de Pierre Terzian et premier roman de rentrée des éditions sun/sun, Le dernier cri prolonge le questionnement, la perspective d'une radicalité et le désir de construire ensemble de son précédent opus Il paraît que nous sommes en guerre. Et si l'on peut regretter que ce dernier cri ne réponde pas davantage que Jack London à cette question énoncée par ce dernier dans Quiconque nourrit un homme est son maître, à savoir celle du « candidat-artiste à la littérature au ventre qui réclame et à la bourse vide », sinon par l'absurde, la poésie et le renoncement, c'est bien parce que les alternatives paraissent ici aussi lointaines que le désir est grand de sortir de l'impasse où se rejoignent artificiellement les murs qui séparent la subsistance de l'existence, la création de ses conditions.
Roman post-moderniste sur le post-art, avec en exergue une citation du Chômage Monstre d'Antoine Mouton (dont Le metteur en scène polonais et Imitation de la vie s'attachent eux aussi, à leur façon, à déconstruire l'art à travers ses milieux), Le dernier cri est un bûcher des vanités lucide, cru et efficace, qui évoque immanquablement (et donne plus que jamais envie de se replonger dans) La Société du spectacle de Guy Debord (« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. ») tout en incarnant ce qu'il dénonce, à l'instar de son personnage, sujet devenu (avec autant de sincérité que de second degré, d'ambiguïté que de talent, de questions qui demeurent posées et invitent à aller de l'avant) un objet dérivé que l'on s'arrache.
Pour aller plus avant justement, lire ce qu'en disent très justement Lou et les feuilles volantes et Hugues pour la Librairie Charybde.


VU en série : Stranger Things, saison 2. Retour à Hawkins. Les enfants grandissent. Les monstres aussi, qui se multiplient. Sans répit, on reprend l'histoire où on l'avait laissée (du côté de l'upside down qui suinte de partout), retrouve tous les ingrédients, les codes et l'humour (de la première saison), avec en sus une structure très proche des suites des films des années quatre-vingt (Alien & cie). Twin Peaks, saison 3, épisodes 3 à 18. Quand on pouvait croire qu'elle se poursuivrait comme elle avait commencé (en proie aux flammes et à une certaine consternation, comme je le disais dans le précédent Hors site) la saison prend (après un détour par un clip fantastique et synthétique à la Raoul Sinier) rapidement un tour singulier (et sa vitesse de croisière) à grand renfort d'humour (noir), clins d'œil, scènes d'anthologies et performances d'acteurs, pour le plus grand plaisir des adeptes de la série, birth again et (re)convertis. Où l'on retrouve un Lynch plus sombre mais aussi plus lumineux en la personne de Dale Cooper, d'Albert, et de Gordon qu'il incarne avec une sensibilité accrue. Un pari et un pactes réussis qui, vingt-cinq ans après, se concluent (anyway). ReVU : Twin peaks : Fire Walk with me. Préquelle de la série sorti en 1992, qui permet de découvrir pas à pas, quasi heure par heure, les derniers jours de Laura Palmer. De comprendre et de préciser sous d'autres angles, un jour et une nuit non moins propice, mais autre, les tenants et aboutissants, de l'intrigue.

VU Hidden Figures, Theodore Melfi, 2016. Adapté de l'ouvrage de Margot Lee Shetterly, un biopic passionnant sur Katherine Johnson, ici interprétée par Taraji P. Henson, femme et ingénieure noire calculatrice pour la Nasa, qui a hautement contribué à l'envoi du premier vol habité américain à une époque où la conquête des droits civiques (partager la machine à café ou les toilettes) s'avère plus difficile que celle de l'espace. On regrettera juste d'apprendre que la scène la plus poignante – l'intervention/caution d'un homme blanc révolté (Kevin Costner) – ait été inventée pour les besoins (?) du film. Selma, Ava DuVernay, 2014. L'histoire de la célèbre marche initiée par le Doctor Martin Luther King, ici incarné par David Oyelowo, en vue de faire abroger les multiples obstructions au vote des noirs dans les états du sud. La mise en scène d'un épisode isolé mais emblématique et, là encore, nécessaire rappel d'une illégale mis réelle et pas si lointaine ségrégation à travers les négociations et confrontations avec le président, la surveillance et les manigances de J.Edgar, les violences et meurtres commis par la police et les racistes, les menaces et assassinats de noirs et blancs. Bonnie and Clyde, Arthur Penn, 1967. Avec Faye Dunaway et Warren Beatty. Sexy, provoquante, séduisante, drôle et subversive, l'histoire emblématique menée à bout de souffle par deux acteurs qui crèvent l'écran, campent avec justesse, la sensibilité, faiblesses et naïveté, l'échappée belle, tragique et désespérée de deux icônes attachantes d'une Amérique aussi vaste que mesquine. Le jeu des acteurs, celui de la caméra, les témoignages entrecoupés de scènes de poursuites rythmée par la musique, rappellent celles de Pierrot le fou, sorti deux ans auparavant.  


VU Une femme est une femme, Jean-Luc Godart, 1961. Dans la foulée du précédent pour les raisons sus-citées et sans pouvoir décoller de l'écran un instant. Addictif et déjanté, fascinant, coloré, survitaminé, ludique, vif, touchant, hyper référencé et hilarant. Ecrit, filmé, réalisé, interprété avec brio par les potaches personnages de Belmondo et Briali, menés par le bout du nez et de loin avec l'inépuisable Anna Karina. Culte, à voir absolument. Annie Hall, Woody Allen, 1977. Drôle, bavard et rythmé, insupportable et captivant, à l'image de son réalisateur, narrateur et personnage principal. Une belle histoire sous forme de nouvelle qui entraîne le spectateur dans une boucle attachante. The Master, Paul Thomas Anderson, 2012. Cinq ans après There will be blood, (voir Hors site saison  2) Joachim Phoenix campe, à travers un jeu époustouflant, un personnage trouble confronté à de plus déments que lui, fondateurs et membres d'une secte (clairement inspirés de Ron Hubbard et de la scientologie) incarnés par Philip Seymour Hoffman et Amy Adams (Arrival, voir Hors site saison 1). Indescriptible, beau, fou et troublant ((I'd Like to Get You on a) Slow Boat to China...). Birdman (or the Unexpected Virtue of Ignorance), Alejandro González Iñárritu, 2015. Avec Michael Keaton, Emma Stone, Edouard Norton. Là encore une très belle performance d'acteurs et actrices. Entre mythe et réalité, la folie et l'humanité, la grandeur et la décadence, la démesure et l'absurdité du milieu hollywoodien qui vient se frotter au théâtre via une adaptation de Raymond Carver. Où l'on retrouve la mégalomanie et la drôlerie d'A Midwinter's Tale de Kenneth Branagh, en plus barré.  

VU également Volver, Pedro Almodóvar avec Penélope Cruz. Un très beau film, à la fois dramatique, drôle et touchant, de ces trop rares films à passer haut la main le test de Bechdel. Idem de Juno, Jason Reitman sur un scénario de Diablo Cody, 2007. Happy, hippie, hipster, le road trip d'une adolescente enceinte mené par une Ellen Page en forme(s). Un film frais avec de vraies questions dedans. De Scream 1,2,3, Wes Craven, 1996, 1997, 2000. Avec Neve Campbell. Qui revisite et interroge de surcroît, même pour rire même pas peur, les codes des slash movies, suites et trilogies. Au contraire de Snatch, Guy Ritchie 2000. Une histoire de petites frappes qui se la racontent, pour le plaisir de l'intrigue et d'un beau panel d'acteurs qui s'en donnent à coeur joie. De Moonlight, Barry Jenkins, 2016. Avec notamment Mahershala Ali, Trevante Rhodes, Ashton Sander. La vie et trajectoire d'un homme confronté à sa condition, à son milieu, à son homosexualité, son parcours pour devenir lui-même, filmé tout en retenue, en ellipse, sans pathos, mélo ou voyeurisme. De Lucky, John Carroll Lynch, 2017. Avec Harry Dean Stanton, David Lynch et une tortue. Une fable drôle, tendre et touchante, sur la vie, son sens et sa fin. Attendu(e) et inattendu(e) à la fois, marqué par quelques morceaux d'anthologie (a tortoise, not a turtle). 12 jours, Raymond Depardon, 2017. Où le réalisateur et photographe laisse dialoguer l'institution judiciaire et les fous qui lui sont présentés. Une belle réflexion sur l'existence mais aussi, quand on y pense, sur l'aspect normatif de la langue.

ENTENDU Samaris, Hljóma Þú (2011, autoproduit), Stofnar Falla (2012, One Little Indian Records) : au gré de deux EP impeccables repris dans un premier album éponyme, Samaris (2013), le trio islandais d'electronica fait une vaste place à la matière, aux nappes basses et feutrées (Þórður Kári Steinþórsson), étendues sur lesquelles glisse une clarinette (Áslaug Rún Magnúsdóttir) marquée, ciselée, martelée avec précision par un chant (Jófríður Ákadóttir) en islandais inspirés par des poèmes du 19ème. Un son parfois très 90's, avec des incursions lounge, trip hop, jungle, des mélodies obsédantes (Hljóma Þú, Góða tungl, Vöggudub, Ég Vildi Fegin Verða) qui tendent vers l'ambient avec Silkidrangar (2014).  London Grammar, Metal & Dust (EP) repris dans l'album If you wait (2013). Avec son piano délicat, son chant profond à la tessiture étendue (Hannah Reid), son clavier et ses percussions soutenues (Dominic « Dot » Major), et surtout sa guitare (Dan Rothman) entre reverb/delay, pédale d'echo à la Chris Isaak dont le groupe a par ailleurs (Album BBC Radio 2: Sounds of the 80s) interprété le Wicked Game, London Grammar affiche une morphologie qui se rapproche davantage des grands espaces et de la Californie, y compris dans sa somptueuse reprise du Nightcall de Kavinsky. Trio encore, electronica et trip pop toujours, pop plus accentuée (l'entêtant Hey Now, l'incontournable Wasting my young years) et plus mainstream, London Grammar affiche également une tendance s(a)oul(e) qui se renforce à l'écoute de leur second album, Truth Is A Beautiful Thing (2017). Mais aussi Arlt, dont les chansons –  le son, le chant, la guitare, l'humour et la poésie – nous ont accompagné sur les routes toute cette fin d'été et dont je vous reparlerai probablement dans un article dédié.


Et toujours, in situ :

Farigoule Bastard, Benoit Vincent, Le Nouvel Attila. Sortie le le 16 avril 2015. « Sans repos ni répit, Benoît Vincent ellipse, instine, instille, intime, ellipse et slam et numère et panache, se manifeste, s'ituationniste et s'incarne dans un Farigoule Bastard qui se transhume, se déclame, instruit pour la prise d'âme. Avec lui, partage le contenu de sa biasse (« Je prends un abricot. — Va. »), en compagnon rompt le pain quotidien, lui offre un peu de speck (« comme une tranche de jambon fumé comme Je t'aime ») ouvre pour l'occasion et l'amitié sincère une bouteille de vin nu...».
Lire l'intégralité de l'article ici.

La ville fond, Quentin Leclerc, Les éditions de L'Ogre. Sortie le 7 septembre 2017. « Comme un blanc de mémoire, comme un bruit. Que fait la ville qui. Fond dans le lointain qui. Fait que tout change alentour. Effet papillon dont les battements retentissent, surprennent, entraînent. Vers le vide et un silence chargés. Comme un blanc de mémoire [un trou], comme un bruit. Provoqué par l'absence du théâtre des opérations, de la peste, de la quarantaine à laquelle sont soumis le héros et son autre – appelle-moi choléra – qui cherchent à atteindre cette ville... »

Les acouphènes, Elodie Issartel, Le Nouvel Attila. Sortie le 21 septembre 2017. « Réaliste, poétique, casse-gueule et terriblement juste, Les Acouphènes est un saisissant, obsédant et hypnotique conte pré-apo à dormir de boue. Qui (d)écrit et dessine avec grâce, puissance et virtuosité un monde aux hommes rares, aux enfants sauvages (...) Un roman borderline efficace et audacieux, qui marche sur les yeux... »

Les Métamorphoses, Ovide, Marie Cosnay, Les éditions de L'Ogre. Sortie le 5 octobre 2017. « « Lire Ovide dans le texte, ou comme si. Voir son influence dans l'œuvre de sa traductrice, et l'influence de celle-ci dans la traduction. Leurs confluences, points de jonction. Entendre combien la langue, orale et vive, est agile à transmettre l'écrit et l'écho. Sentir combien la puissance de l'écriture contemporaine et l'audace de l'édition indépendante sont aujourd'hui les plus à même de goûter tout cela, de toucher, de transmettre et d'émouvoir... »
En vous souhaitant à toutes et à tous une très belle année 2018 pleine de réel, de soleil et de paysages, de lectures, de liens, de voix et de visions !

Photos © Eric Darsan, © Lou Darsan pour Les Acouphènes. 
Contenu des livres/films/sites extraits/capturés/photographiés/extraits © Editeurs et créateurs cités.

Les photos du Guide de survie pour le voyageur du temps amateur de Charles Yu et d'Imitation de la vie d'Antoine Mouton ont été réalisées sans montage (mais avec un écran).