dimanche 25 décembre 2011

Interview de Myriam Saci

Après l’interview de Pierre Thiry, auteur d’Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, j’ai naturellement souhaité donner la parole à l’illustratrice de ce joli petit livre. Voici donc en exclusivité en ce jour de Noël l’interview de Myriam Saci.

Myriam Saci bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour ceux qui vous ont découvert en même temps que moi grâce à vos dessins pour Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, je rappelle qu’après avoir été «blogueuse mode» vous êtes désormais rédactrice du blog d’illustrations Mya, c’est moi, où les libellés «vie quotidienne», «girls» et «shopping» apparaissent avant le reste. Finalement Mya, «personnage fictif» d’après sa page Facebook, est-ce un peu vous, beaucoup, ou pas du tout ? Sinon comment vous définiriez-vous ?


Comme l'indique le nom du blog, en effet, Mya c'est moi! La plupart des dessins publiés sont des réflexions véritablement entendues dans la rue, à la fac, dans les transports, par les copines... La page Facebook dédiée au blog indique que Mya est un personnage fictif mais dans le fond, le personnage n'est pas si fictif que ça. Son image évolue avec la mienne, par exemple pour ses cheveux!! Elle a changée de coupe en cours de route^^ En ce qui concerne son nom, Mya, c'est tout simplement le surnom/diminutif que j'avais au collège!


Comme je me définirais ? Comme une fille bien dans son époque. Ce blog me permet d'observer les autres et comprendre beaucoup de choses sur le monde qui m'entoure. La famille, les relations avec les garçons, la société de consommation, les études... Toutes ces petites futilités que je mets en image, beaucoup de personne s'y reconnaissent. J'ai très souvent eu le commentaire « mais oui, c'est tellement ça!! ». J'adore avoir ce commentaire sur un post, ça veut dire que non seulement je me suis amusée en le réalisant, mais que j'ai également touché quelqu'un.


Mya a fait ses premières apparitions dans la série Les Studeuz qui mettait en scène quatre amies étudiantes. Après le passage de Mya du feutre au numérique vous avez annoncé il y a peu la « remastérisation » des autres héroïnes de cette série. Feront-elles simplement quelques apparitions ou serait-ce un nouveau tournant sur le plan de la narration comme de l’illustration ?


Les Studeuz était un tout petit projet de plusieurs planches, publiées sur Mémoires d'un Dressing. Aujourd'hui, j'aimerai en faire un véritable projet. Je travaille à sa réalisation, et profite du blog Mya,c'est moi! pour proposer quelques petits aperçus, pour voir si cela plaît. Le cadre serait celui de quatre copines, étudiantes, modeuses, bavardes, moqueuses … L'histoire s'organiserait par tome, par année d'étude. Les Studeuz : première année est donc en cours. Ce n'est que le début du projet car, après avoir produit un travail présentable, je partirai à la chasse aux éditeurs!! Tout un programme!


C’est après avoir découvert votre condensé en images de Ramsès au pays des point-virgules que Pierre Thiry vous a fait lire Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines et vous a proposé de l’illustrer. Comment avez-vous découvert Ramsès et comment avez-vous travaillé pour Isidore ?

Un jour, je reçois un mail de Pierre Thiry qui me propose de m'envoyer gratuitement son premier ouvrage, Ramsès au Pays des Points virgules pour que je le chronique en image sur mon blog. J'accepte, je le lis et je trouve son monde complètement délirant. Je veux dire, Princesse Sisi qui prépare de la Piperade, un chat qui parle, une pieuvre martienne, Ramsès II, le tout dans une même histoire... voilà , je n'ai rien à ajouter^^ C'est d'ailleurs sous cette forme que j'ai fait mon poste. J'ai mis l'accent sur l'absurde de la situation pour essayer d'attiser la curiosité des futurs lecteurs.


Après cette promotion, Pierre Thiry m'a proposé de lire un manuscrit qu'il avait dans ses tiroirs. Une histoire adorable de lapins amoureux d'une hermine. J'ai tout de suite adoré et pensé que j'aurai beaucoup aimé lire cette histoire quand j'étais petite. Pour les dessins du conte, j'ai essayé de rendre des dessins enfantins, simples, efficaces en matière de détails. Si l'enfant lit qu'Isidore psychote sur sa montre, je fais un Isidore inquiet, scrutant sa montre. Certaines critiques ont compris le côté simpliste du coup de crayon et d'autre pas du tout.


J'ai lu beaucoup de critiques disant que les dessins étaient beaucoup trop simples, les couleurs pas assez vives, la position des membres d'un personnage impossible... Les esprits critiques remarquent ça, pas les enfants. J'ai essayé d'être cohérente avec la demande que m'avait formulé Pierre Thiry : donner vie au récit avec des images, des scènes marquantes.


Enfin envisagez-vous d’autres collaborations et avez-vous d’autres projets en cours ou à venir dans le domaine de l’illustration ?


Je n'ai pas eu d'autres projets professionnels depuis la sortie du conte cet été. Mais j'ai par contre travaillé pour le blog JustOtherWise de la charmante Marylou. C'est un blog mode pour lequel j'ai dessiné une bannière à l'image de la propriétaire.


Eh oui d'autres projets! Je suis inscrite dans un club de théâtre à l'Université Jean Moulin Lyon 3 et j'ai fait découvrir cette activité sur mon blog. J'ai montré mes posts à mes camarades de l'atelier qui ont tous été très enthousiastes!


Mon défi est donc le suivant : réaliser des personnages à l'effigie de mes amis, illustrer avec eux nos nombreux fous rires et plaisanteries et proposer une exposition le soir de la représentation de notre pièce. Et évidemment, continuer de faire vivre Mya encore longtemps.


Myriam Saci merci d’avoir répondu à mes questions. Un dernier mot peut-être et, puisque la nouvelle année approche à grands pas, quelques vœux ou bonnes résolutions ?


Un dernier mot oui pour vous remercier de l'attention que vous prêtez à mon travail. Je suis très flattée d'avoir été interrogée sur mes activités. Un grand merci aussi à Pierre Thiry qui a eu l'immense amabilité de me faire confiance pour la naissance de son texte. Pour cette nouvelle année, je vous souhaite à vous Eric beaucoup de succès et une longue vie à votre site.


Propos de Myriam Saci, recueillis par Eric Darsan. Crédit photos Myriam Saci. Retrouvez les premiers dessins des Studeuz sur Mémoires d'un Dressing et les derniers travaux et actualités de Myriam Saci sur Mya, c'est Moi, ainsi que sur sa page Facebook et, enfin et bien entendu, ses illustrations dans Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, de Pierre Thiry.

lundi 19 décembre 2011

Premiers Romans, Katherine Pancol


Pancol c’est un peu comme les fêtes de fin d’année. Difficile de passer à côté, de peur de louper quelque chose, même si, lorsqu’on a développé un goût un peu sûr, on finit après coup par le regretter. C’est ainsi que je me suis laissé tenté à l’occasion de l’opération Libfly Un point, un(e) Mordu(e), une critique, comme je l’avais fait pour Philippe Katerine, son homonyme.

Il est vrai que l’édition en tirage limité de ces Premiers romans de Katherine Pancol, soignée, agréable à la vue et au toucher, constitue matériellement une belle réalisation. Je ne sais d’ailleurs d’où vient l’idée de ces couvertures colorées, graphiques, presque enfantines pour les ouvrages de cet auteur qui peuvent induire en erreur les jeunes lecteurs quant à leur contenu. Reste que cette publication permet de consulter d’un trait la somme de ces premiers romans…ou presque, puisqu’entre Moi d'abord, Scarlett, si possible, et Vu de l'extérieur, devaient initialement s’intercaler La Barbare et Les hommes cruels ne courent pas les rues. Un choix peut-être dû au caractère redondant des dits romans. Car Katerine Pancol raconte toujours la même histoire, la sienne, comme elle l’avoue elle-même dans une préface inédite autant qu’édifiante où l’on apprend comment elle est entrée en littérature : « journaliste à Cosmopolitan, le téléphone sonne, je décroche. C'est Robert Laffont. Il lit mes articles dans Cosmo, il veut que je lui écrive un roman […] Il me dit "racontez-moi votre vie", je raconte ma vie[…]Ce sera Moi d'abord. Le titre, ce n'est pas moi qui l'ai trouvé. C'est mon amoureux, Pierre Lescure […] » puis Romain Gary lui fait une recommandation pour Grasset mais c’est au Seuil qu’elle sera publiée avant de faire la carrière que l’on sait, et de multiplier les best-sellers. De ce point de vue ces Premiers Romans constituent une somme éclairant utilement le parcours de l’auteur.

Moi d’abord est le tout premier roman de Katherine Pancol. Une jeune fille au lendemain de sa « première fois », un père absent, une mère bien pensante, une éducation qui se limite aux sermons religieux, puis ses rapports avec Patrick, son « cobaye », la découverte du plaisir, la perspective du mariage et de la sécurité qui en découlent : tels sont les éléments qui constituent son univers. Et puis sa meilleure amie, Ramona, qui lui fait rencontrer des hommes, un, deux, trois, et caetera. Soumise à l’idée de plaire, à son plaisir et par là-même à ceux des hommes de passage, sinon de passe, elle agit « sans trop savoir pourquoi » et nous le confie avec force détails. Qu’elle suive un stage dans un journal c’est parce qu’un amant le lui a trouvé, quand elle se décide à faire carrière c’est parce que son directeur le décide : « vous n’avez fait que des petits articles avec un certain mal il faut dire […] je vais vous enseigner l’art d’écrire et de raconter ». Sans talent ni vocation, agitée par quelques désir semés par ses Pygmalion, elle décide d’être elle avec leur bénédiction : « Be you » lui dit-on, et elle croit que cela suffit, mais au contraire de ce directeur qui « souffrait d’interrogation existentialiste : Qui suis-je ? Où suis-je ? Que fais-je ? Fais-je bien », Sophie ne pense pas. Donc elle suit. Tournant en rond et annonçant les suivants, Pancol signe ici un premier roman qui commence par une affirmation et finit de la même façon : Moi d’abord. Et après ? Rien, encore.

L’histoire de Scarlett, si possible commence à Pithiviers « en juillet 68 quand le spectre de la révolution vient à peine de s’éloigner et que tout le monde reprend son souffle, héberlué ». Ecumant les surprises parties accompagnée de la chic Bénédicte et la vulgaire Martine, Juliette veut être aimée pour son physique et ne supporte pas l’indifférence du beau René. Elle décide donc de fuir à Paris en prétextant vouloir devenir avocate « pour défendre les opprimés ». Là elle rencontre Louis, un type « aux airs de tortue » qui la séduit. Peu à peu Pancol installe ses personnages vers des retrouvailles à Paris : Martine, qui suit un stage sur les techniques de vente en grande surface découvre « plus qu’en douze ans d’école », Bénédicte, qui travaille pour un journal de province, profite d’une affaire de maniaque sexuel pour obtenir un poste au Figaro, en échange de ses faveurs, Juliette, enfin, multiplie les amants et devient courtisane avant d’accepter un mari, qu’elle trompe et abandonne avec ses enfants. Dans cet opus dont les ingrédients demeurent les mêmes – le sexe, la famille, les « je ne sais pas quoi faire de moi » - l’héroïne, pour mieux assumer ses penchants (« Tu n’aimes personne. Tu aimes ton plaisir »), s’est promis de ne plus croire aux contes de fée, tant l’idée du prince charmant n’était chez elle qu’une excuse pour jouer les soubrettes, avec pour résultat le développement d’une morale à deux balles : « Dominer les volontés d’autrui, c’est comme ça qu’on existe ».

« Vu de l’extérieur, t’as l’air tout à fait normale, et pourtant …T’es comme ton cousin Christian » dit-on de Doudou qui déclare être plus proche de lui qu’on ne peut, dit-elle, l’imaginer. Evidemment, si l'on a lu les précédents roman, l'on devine très bien qu’elle ne parle pas du crime qu’il aurait commis contre la meilleure amie de sa colocataire, Anita, mais évidemment de la X-ième de ses aventures sexuelles pour lesquelles elle a abandonné son époux, André, et ses enfants. Et c'est ainsi que l'on retrouve, comme à l'accoutumée, le mari trompé, la mère dévote, et les fuites d’une héroïne qui déclare encore « Je ne sais pas qui je suis. Je ne me situe pas. ». Heureusement le mari est là pour reconnaître que « Doudou ne pouvait pas avoir TOUS les torts » et Anita, maîtresse d’un industriel grâce a qui elle travaille dans un journal, lassée d’entretenir Doudou, finit par lui trouver un travail dans une bijouterie. Ici, en plus du désir non de se racheter mais de se dédouaner, appuyé par de mauvais jeux de mots, apparaît l’idée de donner des leçons à sa fille, un peu choquée par la lecture de ses aventures sexuelles : « il m’arrive encore de rêver à l’homme qui me prendra dans ses bras et me protégera. Mais maintenant j’ai une petite voix intérieure qui crie « stop ! » ». Stop : c’est aussi ce qui vient à l’idée après s’être coltiné la énième déclinaison et le énième déclin du personnage.
Si l’on peut, pour conclure, concéder quelque chose à Katherine Pancol c’est qu’elle possède un univers qu’elle semble partager avec de nombreux lecteurs – à moins qu’elle ne fasse appel à leur côté voyeur - et qu’elle sait rendre – au sens propre du terme - une atmosphère, si délétère soit-elle. Le problème c’est que ses histoires soient justement - à l'image de ses héroïnes, triviales, vénales, superficielles et vaniteuses - dépourvues de style, de vocabulaire, d'imagination, de réflexion et de culture. En somme du Zola en plus gras, sans la critique sociale, récits cons(s)ensuel(s) qui - mêlant sans distinction aucune le sentiment et la sensation, à la manière de téléfilms, entre érotisme de bas étage et pornographie sans parabole - la relèguent au rang de ces auteurs indigents qui s’enrichissent en appauvrissant leurs lecteurs. Or, que ceux-ci puissent se contenter de l'ordinaire ne veut pas dire qu'on doive leur gâter le palais en les nourrissant de fruits blets.
C'est pourquoi, je l'espère, le lecteur de ce blog, d'abord intrigué par cet excès de bile résultant de cette intoxication a-littéraire, conviendra-t-il qu'il faut tout de même avoir un estomac d'autruche et la tête qui va avec pour ne pas trouver la recette qui a fait le succès de Katherine Pancol somme toute bien indigeste.

mardi 13 décembre 2011

Doublez votre mémoire, Philippe Katerine


Sortie à la rentrée voici enfin la version poche du « journal graphique » de Philippe Katerine, publié il y a un peu plus de quatre ans maintenant, et qu'il nous présente lui-même ainsi : «Début 2007, entre 2 concerts, 2 spectacles de danse, 2 TV, 2 radios, j'ai acheté un cahier vierge que j'ai rempli page après page, le plus souvent la nuit, quand j'étais enfin chez moi. J'ai repris l'écriture, le dessin (mon premier hobby), le collage (mon deuxième) et en mêlant journal intime, souvenirs, rêves et hallucinations, j'ai tiré le fil qui m'a conduit jusqu'à cette photo de moi en couverture de ce book.» Mais le mieux pour rendre compte de cet ouvrage serait encore de faire le concernant un semblant d’inventaire à la Prévert.
Dans l’ordre chronologique autant que poétique l’on y trouvera :

Des trous et du gruyère, des peluches et de la pâte à sel, un texte de Max Jacob, des rêves récurrents, phalliques et christiques, séparément et dans le même temps. Des dessins de trous noirs et des histoires de cons, de connes et d’oiseaux qui le sont, de pétomanes, de Dali, d’anges et d’opération du cœur, des histoires de famille aussi, d’oiseaux, d’insectes et de nazis, de détournements aussi, évidemment.
Et puis des souvenirs d’enfance racontés naïvement, venue d’un temps qui paraîtra lointains aux bambins du présent à qui Unico ne dira rien, de la désillusion, de l’espoir, de noirs, de vendéens, de musiciens, parmi lesquels Dominique. Ah ? Oui, Dominique A dont je vous parlais là.

Mais aussi des sourcils, du narcissisme, du clergé et de la pornographie réunis, des questions inattendues, des photos inconvenantes, des soirées bizarres, des idées du futur puis du passé, qui reviennent et s’installent et se mêlent, oiseaux, Unico, opération du cœur, vous l’avez repeint, inventaire.
Sans oublier des rencontres, de la musique, des anecdotes, des dessins de bonhommes qui montrent leur derrière sur les catalogues de canapés. Mais aussi des amis, des génies, des chants et de la poésie, Mr Carton et la baston, l’enfant monstre et la scatologie. Toutes choses qui n’ont, contrairement aux apparences, qu’une seule en commun : l’humain qui les met ici en évidence.

On apprend ainsi plein de chose sur Katerine, joyeuses autant que tristes, de celles que l’on connaît comme ses études en arts plastiques, et de celles que l'on ignore, comme son enseignement de la gym, ses souffrances à l'internat et sa pratique du saute-mouton. Bondissant d'idées crues en pensées intimes, sans que nous puissions jamais savoir avec certitude si c’est de l'art ou du cochon, Philippe nous entraîne sur son rapport aux morts, aux morts, à l’amour, à la drogue et au corps, encore.


De bonnes idées et de jolies trouvailles, des tortues intergalactiques migrant de croix en croix dans des champs électromagnétiques, et des listes étranges, pense-bêtes perdus au milieu des biens pensants et des malentendus étalés sur près de 200 pages non numérotées, rarement datées, ce qui n’aide pas à s’y retrouver mais révèle les contradictions d'un artiste dont la sensibilité n'a d'égale que le second degré et qui se livre ici, littéralement.

Je tiens à remercier Libfly, et tout particulièrement Lucie, ainsi que les Editions Points de m'avoir permis de choisir, et adressé, cet ouvrage dans le cadre de l'opération "un poche, un(e) Mordu(e), une critique ! " A cette même occasion j'ai opté pour la dernière publication de son homonyme, Katherine Pancol, intitulée "Premiers Romans". Là encore, on aime où l'on n'aime pas. Je connaissais le premier, je souhaitais découvrir la seconde, j'ai aimé l'un, pas l'autre, vous venez de découvrir l'un, je vous laisse découvrir l'autre, sur Libfly, évidemment !

Retrouvez également la discographie complète et commentée de Philippe Katerine ici.

mercredi 7 décembre 2011

Interview de Pierre Thiry


Parce qu’il aime les mots et le papier, parce qu'il a des choses à partager, à dire et à écrire, parce qu'il a de l'imagination, le sens de l'humour et celui de la répartie, parce qu’il a fait un carton sur la toile avec son premier puis son second ouvrage, parce que je vous ai présenté celui-ci ici-même et tout récemment, parce qu’il a eu la gentillesse d’accepter cet entretien il y a quelques mois déjà, parce que je suis toujours happé par le temps quand celui-ci échappe sans cesse à son personnage, j’ai l'honneur et le plaisir de vous présenter aujourd'hui l’interview de Pierre Thiry.

Pierre Thiry bonjour, et merci d’avoir bien voulu répondre à mes questions. Pour ceux qui vous découvrent je rappelle que vous êtes l’auteur d’un roman, d’un conte illustré, et d’un second roman en cours de rédaction intitulés respectivement Ramsès au pays des points virgules, puis Isidore Tipéranole et les trois lapins de Montceau-les-Mines et, à priori, Le Mystère du pont Flaubert. Que cache ce goût pour les longs titres ? Est-ce à dessein qu’ils sont inversement proportionnels à la longueur des ouvrages qu’ils nomment ?
Il se trouve que votre remarque est parfaitement judicieuse... Le texte le plus long parmi les trois que vous citez, est en effet celui dont le titre est le plus court : «Le Mystère du Pont Flaubert», un manuscrit qui ferait, si je le publiais en l'état, un livre de 400 pages environ.... A l'arrivée il en fera certainement beaucoup moins.
«Ramsès au pays des points-virgules» est un court roman de 184 pages, une sorte de conte de Noël que j'ai écrit, en m'amusant beaucoup, pour faire plaisir à une de mes nièces qui m'avait donné l'idée de ce livre. C'est une histoire où je me suis autorisé toutes les fantaisies ce qui peut déplaire aux esprits trop cartésiens ou sérieux. J'ai toutefois été extrémement surpris des retours positif que j'ai eu de la part des blogueurs et les sites internet sur ce petit roman. J'ai été très touché par la première chronique publiée sur le livre par Le Galion des EToiles (cliquez ici). Et j'ai été très honoré quand ce livre a été chroniqué sur le webzine «La Bibliothèque de Glow» (rédigée par une libraire parisienne spécialisée jeunesse) et sur le blog «Sous le feuillage» qui a publié un article fort chaleureux dans la froidure de juillet.

Quant à «Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines», malgré ce titre à rallonge presque conçu pour ne pas être retenu c'est un tout petit conte de 68 pages, imprimées en très gros caractères, (mais vous le savez déjà puisque vous venez de le chroniquer). J'ai été très flatté qu'il soit sélectionné peu de temps après sa sortie sur le site internet «Ricochet jeunes», car c'est le premier livre de mon éditeur à figurer sur ce site spécialisé dans la littérature jeunesse. Cela m'a fait grand plaisir qu'il fasse également parler de lui sur «Le Galion des EToiles» qui a publié un article détaillé et sympathique. Le livre a été également très honoré par une chronique du blog «Thé, lecture et macarons» (ce que comprendront ceux qui savent où j'anime mes ateliers d'écriture), mais je dois également révéler que j'ai jubilé de voir les poèmes de mon personnage Justin le lapin poète, comparé à ceux de Robert Desnos... dans un article de «L'Oiseau lyre». Bref, c'est plus pour avoir des avis de lecteurs que pour la longueur de leurs titres, que je publie mes livres.
Puisque nous sommes dans les révélations, ce roman sur lequel vous travaillez depuis quelque temps à présent, pouvez-vous nous en dire quelques mots en exclusivité ou est-ce encore trop tôt ?
J'ai peut-être commis une imprudence, en parlant trop tôt de ce «Mystère du Pont Flaubert», et en allant jusqu'à évoquer le nombre de pages... A vrai dire, il s'agit du premier livre que je voulais publier, il y a presque trois ans à présent. Et je le considère comme n'étant toujours pas achevé, toujours pas prêt à la publication.
Par instant je me demande s'il n'en sera pas pour ce livre comme pour «Le Capitaine Fracasse» de Théophile Gautier. Gautier avait annoncé la publication en quatrième de couverture de la première édition de son roman «Camille Maupin» (1835) et il ne l'a publié qu'en 1863, près de trente ans après...
Alors si vous voulez absolument une exclusivité, je veux bien vous livrer cette question qu'il m'arrive parfois de me poser : Est-ce que je parviendrai à publier «Le Mystère du Pont Flaubert» avant l'année 2039 ?
L’auto-édition vous a permis de publier dans de plus brefs délais vos deux premiers récits, mais aussi d’avoir un contact plus direct peut-être avec vos lecteurs par le biais d’Internet et de la blogosphère. Pour ce projet plus long envisagez-vous un éditeur plus classique d’une part et, d’autre part, de maintenir ce lien, dans la mesure du possible ?
Vous avez raison de le souligner, l'auto édition m'a permis de publier rapidement deux livres que j'aurais peut-être mis deux ou trois ans à éditer si j'étais passé par un éditeur plus classique.
Mais cela m'a obligé, en contrepartie à faire moi-même la diffusion de mes livres, à faire moi-même mes «campagnes de presse» auprès des blogueurs qui voulaient bien prendre le temps de s'intéresser à mes «publications».Cette «relation directe» d'auteur à lecteur, médiatisé par le biais d'internet, des blogs et des réseaux sociaux est sans doute quelque chose de tout à fait nouveau : une ouverture qui n'a probablement jamais existé avec une telle ampleur dans les époques qui nous ont précédé. Chacun, grâce à son blog, peut aujourd'hui être chroniqueur littéraire, journaliste, éditeur. Mais quel est l'impact de ce que l'on publie sur internet ? La publication est mondiale, mais par qui est-on réellement lu ? Lire et partager ce que l'on lit, c'est ce que permet la blogosphère. J'ai une immense admiration pour ceux qui arrivent à faire cela avec talent. Bien souvent je me dis que c'est dommage que tous ces textes n'existent que dans les sphères virtuelles du numérique. Mais auraient-ils plus d'impact s'ils étaient imprimés ?

Je suis, par culture, par goût, par passion esthétique très attaché à l' «objet livre» le traditionnel codex muni d'une solide couverture, en cuir ou en carton. Il me semble que cet objet de papier est complètement irremplaçable, insurpassable. Mais paradoxe des paradoxes pour faire exister mes propres livres, je suis contraint d'en passer par l'espace d'internet, postulant par là-même que les blogs auraient une audience plus importante que les revues de papier...
Enfin vous écrivez mais vous animez également des ateliers d’écriture et, qui plus est, figurez depuis quelques mois parmi les membres fondateurs des Editions du Paquebot. Comment parvenez-vous à tout faire ? Dites-moi, cet Isidore Tipéranole qui veut tuer ce temps qui toujours lui échappe ne serait-ce pas un peu vous ?
Je suis membre des Editions du Paquebot (une structure associative) depuis plus d'un an : juillet 2010. Je ne suis donc pas à strictement parler, un membre fondateur, puisque, lorsque j'ai rejoins cette association elle avait déjà un mois d'existence. Mais je suis dans cette création, quasiment depuis le début... Le projet des Editions du Paquebot est un très beau projet, très ambitieux par ses exigences de qualité.

Le premier ouvrage que cette maison d'édition associative a publié en janvier 2011 est un recueil de poésie espagnole, bilingue français/espanol L'âme oblique El alma oblicua de Vicente Cervera Salinas. Un livre illustré d'images du plasticien d'origine argentine Julio Silva. Un beau livre, traduit en français par Marie-Ange Sanchez et Pablo Lopez Martinez, et qu'il faut absolument offrir à Noël aux amateurs de poésies espagnole !!! On peut le trouver facilement en libraire. A Paris il est en vente, par exemple) à L'Arbre à Lettres Mouffetard (75005) à La Librairie L'Atelier (75009), à la Librairie Jonas(75013), à la Lilbrairie Les Oiseaux rares (75013) à la Libraire Le livre écarlate (75014) à la Librairie Le Divan (75015). A Rouen (Seine Maritime) vous le trouverez à la Librairie Polis (rue Percière), à la Librairie Brunet (rue Ganterie) ou à la Librairie L'Armitière(rue Jeanne d'Arc). Mais pour tout savoir sur les Editions du Paquebot, je vous conseille de visiter le site internet de l'association (cliquez ici)
Mais à vrai dire, ce ne sont pas les éditions du Paquebot qui me prennent le plus de temps, pour le moment. Cette association n'a publié que cet unique opus «L'âme oblique» de Vicente Cervera Salinas un livre de poésies, donc de diffusion relativement restreinte. Sur ce projet je me suis contenté d'être un «suiveur attentif» plutôt qu'un initiateur de projet. Et pour rendre à César ce qui appartient à César, permettez-moi de citer les quatre véritables fondateurs qui m'ont suggéré de les rejoindre: Martine Lemire, Pablo Lopez Martinez, Manel Bonells et Jaime Céspedes. C'est à eux que revient tout le mérite cette maison d'édition.
L'activité qui sollicite le plus mon temps et mon attention c'est l'animation d'ateliers d'écriture. Je me suis formé à cette pratique durant deux ans. A Rouen, j'en anime dans plusieurs lieux. Depuis peu je propose des ateliers d'écriture pour enfants de 8 à 12 ans dans le cadre des activités proposées par l'association Citémômes (11, rue du Moulinet 76000 ROUEN) dans le quartier de la Gare de Rouen Rive Droite.

Mais surtout, depuis plusieurs mois j'anime au Café Librairie Ici & ailleurs* (31, rue Damiette, 76000 ROUEN) à quelques pas dela Place de l'Hôtel de Ville. Un atelier d'écriture que j'ai intitulé «Savourons le temps d'imaginer» car il se déroule dans un lieu créé et dirigé par une barrista (sommelière en thés et cafés) de grand talent : Clothilde Dutry. On trouve dans ce café librairie des thés, cafés et chocolats de terroir aux saveurs assez inégalables. Ce lieu est un endroit idéal pour animer des ateliers d'écriture : il y a une partie bibliothèque, une partie librairie, des expositions qui se renouvellent sans cesse... Bref, ce lieu très petit en surface est un concentré de de culture à tous les sens du terme, un endroit pour réveiller les esprits et les papilles, car il ne faut pas oublier les macarons au thé y sont également insurpassables !!!
Ces ateliers d'écriture au Café libraire Ici & ailleurs* me procurent de magnifiques moments d'animation et d'écriture (car j'y écris aussi). C'est un pari audacieux, car on écrit en public, le lieu continue à vivre normalement, les clients entrent et sortent, la rue (piétonne) est souvent assez animée, le torréfacteur à café rythme la séance de son ronronnement en produisant une sorte de samba avec ses bruits de Marimba, et au milieu de tout cela, les participants à l'atelier parviennent à créer du silence d'écriture et d'impressionnantes fééries de lectures. Ce sont de beaux moments de partage où l'activité d'écrire prend tout son sens, bien qu'elle soit assez différente de l'activité d'auteur solitaire, dans le silence nocturne.
C'est vrai que cette écriture sans cesse en devenir prend du temps, mais la pratique de l'animation d'atelier d'écriture est également une exigente discipline de gestion du temps, alors oui, ce n'est pas totalement par hasard, si j'ai inventé le personnage d' Isidore Tiperanole et de son envie absurde de vouloir tuer le temps....
Pierre Thiry merci d’avoir répondu à ces questions plus tardives mais aussi plus longues que prévu. Un dernier mot pour nos lecteurs et, par la même occasion puisque nous approchons des fêtes, un vœux peut-être, enfin deux : un pour vous et un pour vos lecteurs ?
Je n'en ferai qu'un qui tiendra en trois ou quatre mots, ou même un peu plus : prenons le temps, savourons le, prenons le temps d'écrire, de lire, d'imaginer, les fêtes de fin d'année peuvent aussi être l'occasion de pétillement d'imagination.

Et j'en profite pour signaler que je propose à toutes celles et ceux qui seraient à Rouen le 16 décembre entre 17h et 19h30, une séance de dédicace de mon petit «Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines» au Café librairie Ici & ailleurs* (31, rue Damiette à Rouen). Je serai ravi de vous y accueillir si vous voulez offrir ce petit livre pour Noël.
Ce sera également une occasion de présenter les trois séances d'ateliers d'écriture de "K à F et sans oublier le thé" que je proposerai entre Noël et jour de l'an (bien sûr toujours) au Café librairie : les 28, 29 et 30 décembre de 14h à 16h30.

Propos de Pierre Thiry, recueillis par Eric Darsan. Crédit photos Pierre Thiry.
Retrouvez Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines mais aussi Ramsès au pays des points virgules et toutes ses actualités sur le site de Pierre Thiry.

jeudi 1 décembre 2011

Première radio, pour présenter La Mort au détail de Dirck Degraeve

Suite à ma chronique sur La Mort en détail et à mon interview de son auteur Dirck Degraeve, Libfly m’a proposé d'en parler davantage lors de l’émission La Vie des Livres.

La Vie des Livres est une émission littéraire diffusée en direct les 2ème et 4ème mercredis du mois, de 10h à 11h, sur Radio Plus, radio associative et généraliste de Douvrin (Pas-de-Calais). Deux fois par mois, "La Vie des Livres" reçoit différents acteurs du monde des livres (auteurs, illustrateurs, associations, etc.) et passe en revue les manifestations littéraires à venir.

C’est ma première intervention à la radio. C’est aussi mon premier montage sur Audacity et AudioWindows Movie Maker. Une expérience enrichissante dont j'espère ne m'être pas trop mal tiré et pour laquelle je tiens à remercier une nouvelle fois Lucie et Libfly, Christophe et Radioplus, sans oublier une nouvelle fois Dirck Degraeve, Michaël Moslonka et les éditions du Riffle Noir.

Vous pouvez retrouver cette présentation ainsi que d'autres interventions de Libflyers sur la page de La Vie des Livres et sur le site de Libfly dans la rubrique Les Mordus sur les ondes.

vendredi 25 novembre 2011

Interview de Dirck Degraeve


Le compte-rendu de mes rencontres avec Pierre de Vilno et Jean d’Ormesson ayant en partie encouragé certains Flyers à faire de même en dehors des opérations, Lucie de Libfly me confiait tout récemment combien l’idée était intéressante et montrait « la vitalité de la vie littéraire et l’humanité des auteurs. »
Dans cet esprit j’ai désiré prolonger ma chronique de La Mort au détail de Dirck Degraeve via une interview par mail, la première sur ce blog, à laquelle l'auteur m'a fait l'honneur de bien vouloir se prêter, et que je retranscris ici avec son aimable autorisation et celle
de Riffle Noir. Je tiens à les remercier, ainsi que Libfly, de cette opportunité de poursuivre un dialogue riche avec un auteur passionné autant que passionnant.


Dirck Degraeve bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour ceux qui font votre connaissance comme moi avec La Mort au détail je rappelle que vous êtes professeur de lettres et auteur de sept ouvrages, dont cinq chez Riffle, parmi lesquels deux déjà ont été primés. En consultant vos œuvres l’on constate une variété de genres, de l’essai au polar en passant par l’autobiographie et la nouvelle. Est-ce une façon de ne pas vous enfermer dans une identité particulière ou au contraire d’explorer celle-ci ?
Bonjour monsieur Darsan. Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour votre lecture pertinente de mort au détail. Je suis particulièrement heureux de vos remarques sur le style qui est l'un des points que je travaille le plus. Si on parle de nos jours de littérature policière, c'est bien que ce genre difficile exige un style adapté au type d'intrigues développées et aux personnages mis en scène. Mort au détail est mon neuvième ouvrage de fiction et mon troisième polar. Le quatrième est en préparation. Cela suppose que j'ai pratiqué et que je pratique encore d'autres genres, l'autofiction et l'autobiographie, la nouvelle et le roman. Je ne tiens pas à m'enfermer dans un genre même si le polar me fascine. J'y reviens avec d'autant plus de plaisir que j'ai transpiré sur un roman ou une nouvelle.

J’ai lu ici et là que vous aviez mis certains de vos traits dans vos personnages, comme un goût prononcé pour la littérature et la musique. Ainsi votre héros, surnommé Schubert, est violoncelliste à ses heures, et cependant jamais dans La Mort au détail on ne le voit jouer. Y-a-t-il une raison précise à cela, et êtes-vous musicien vous-même ?
La musique est au coeur de ma vie, c'est donc tout naturellement que j'ai fait de Jacobsen ( qui tire son nom de mon admiration pour les polars nordiques ) un violoncelliste. La musique constitue dans mes polars un contrepoint lyrique et artistique à la laideur d'un monde hanté par le mal, la violence et gangrené par la misère. Chaque personnage récurrent a la sienne, le classique pour Jacobsen, le rock pour son amie Corinne et le jazz pour la juge Nicole Rotrou. Jacobsen joue d'ailleurs en concert dans Marais noir.

En revanche ils en écoute souvent, toujours sur CD, ce qui peut étonner à l’heure du numérique. De même il y pas ou peu d’informatique dans leur environnement. Quel est votre rapport aux nouvelles technologies et quel usage en faites-vous ?
Il écoute et collectionne des CD comme moi. La dématérialisation que nous imposent les nouvelles technologies ne me procure aucun plaisir. Je suis tactile, j'ai besoin de toucher pour éprouver du plaisir. Appelons-cela de la sensualité si vous le voulez-bien. Sans méconnaître les avancées permises par ces nouveaux outils, je dois avouer qu'is me laissent froids. J'écris au stylo-plume ce qui me donne parfois l'impression d'être un écrivain et une amie transforme mes gribouillis en tapuscrit présentable. Je crains d'être un homme du passé par certains côtés ce qui fait que je suis au fond très moderne. J'évite avec soin dans mes polars les délires scientifiques des séries télévisées américaines. Si elles fonctionnaient parfaitement, il n'y aurait plus un seul criminel en liberté. On peut supposer que tous ne se servent pas n'importe comment de leur portable ni ne disséminent partout leur ADN.

Enfin la question du passé, liée à celle du mal, tient dans vos œuvres une place centrale et, que ce soit dans votre thèse sur Roger Martin du Gard comme dans votre essai sur Jules Romains, s’articulent autour de la figure paternelle. Croyez-vous au Père Noël et pensez-vous que la rédemption, au même titre que la faute, passe nécessairement par l’autre ?
Le passé est l'une de mes obsessions et vous avez remarqué que cela me hante avec la figure du père depuis mes recherches universitaires ( je suis prof de français dans le civil ). Je ne sais pas pourquoi et si on me lit on le devinera mieux que moi. Le lecteur est un miroir de nos fantasmes. Pour en revenir à mes polars, ils sont au fond optimistes puisque des personnages torturés par leurs échecs passés et soumis au spectacle quotidien de la tristesse et de l'horreur du monde en viennent à se rédimer par l'amour. C'est encore ce qu'il y a de mieux pour survivre et croire en l'homme.

Merci d’avoir répondu à mes questions. Un dernier mot pour nos lecteurs ?
J'espère avoir répondu à vos attentes et, en vous remerciant à nouveau, je vous envoie mes sincères salutations.

Propos de Dirck Degraeve, recueillis par Eric Darsan. Retrouvez La Mort au détail et tous les ouvrages de Dirck Degraeve ainsi que les dates des prochaines dédicaces, et bien d'autres infos encore sur le blog de Riffle Noir.

samedi 19 novembre 2011

La Mort au détail, Dirck Degraeve


C’est Noël avant l’heure grâce à Libfly, à Riffle Noir et à Dirck Degraeve dont j’ai reçu le dernier roman policier il y a moins d'une semaine, et que je tiens à remercier.

L’histoire se déroule à la veille des fêtes dans la petite ville de Saulmères, à deux pas de la frontière belge, où un meurtrier a décidé de plomber l’ambiance déjà mortelle en assassinant Papy Malou, artisan à la retraite, à l'arme de guerre. L'affaire conduit le commandant Jacobsen et son lieutenant Maresquier à l’association Caritas au sein de laquelle Malou aidait bénévolement les clandestins.

Tandis qu'ils recherchent l'un d'eux, meurtrier ou témoin aperçu sur les lieux et que l'enquête piétine, Corinne est chargée d'élucider la vague d'incendie qui touche les baraques à frites de la région. De secrets de notables en trafics en tous genres, alors que les pistes et les mobiles semblent se croiser sans vouloir s’assembler, les fêtes de fin d'années verront-elles se resserrer ces liens et prendre les coupables dans les mailles du filet?

Après Passé Mortel et Marais Noir, La Mort au détail est le troisième roman mettant en scène Sven Jacobsen et sa compagne Corinne Maresquier. Hantés par leurs passés respectifs, tentés chacun à leur manière par la dérive, ils vont ici évoluer parallèlement pour tenter de s'y retrouver sentimentalement comme professionnellement, au point de se demander avec eux, vers la moitié du livre, dans quel pétrin l'on s'est mis. Mais là, soudainement, tout s'éclaircit, comme lorsqu'une fois le sapin décoré il nous reste encore à placer la fameuse guirlande électrique et qu'elle se déploie le plus naturellement du monde tandis que nous découvrons de surcroît que les ampoules manquantes étaient cachées au fond du sac.

Reste qu'étant pour ma part plutôt amateur de Conan Doyle ou d’Agatha Christie, je dois avouer que nous sommes fort loin du Noël d'Hercule Poirot si ce n'est de Sherlock Holmes avec ce détective érudit et musicien qui nous réserve bien des surprises. En revanche, si par ses thèmes et leurs prolongements on est réellement dans le polar contemporain, le style permet à la structure de faire quelques embardées du côté de la littérature blanche. Ainsi les changements de points de vue, qui nous font passer de Corinne à Jacobsen, ou encore ces focalisations internes inscrites en italique dont l'auteur, indéterminé, varie chaque fois, et qui ne sont pas sans rappeler Les Gommes de Robbe-Grillet. Sans parler de la délectation avec laquelle l’auteur passe au gré des personnages du registre soutenu (« torve », « bistre ») à une sorte de dialecte familier, bigarré, fleuri et pour tout dire improbable, qui emprunte tant au flamand qu’au vocabulaire des quartiers (« kotje », « binz », « histoire de oufs »).

Mais le plus frappant demeure l'univers de Saulmères, ville imaginaire dans laquelle se déroulent toutes les histoires de Dirck Degraeve. Où les Restos du cœur, le Secours catholique, le PMU et le Rotary se cotoient et font face à la "jungle", « sorte de microsome où tous les problèmes du monde actuel se concentrent », qui vient compléter le tableau en forcissant le trait, all man's land où réfugiés des conflits d’Afrique et d’Europe de l’est se regroupent par ethnies, entre les centres de rétentions et le mépris. Un univers parallèle où les références transposées (« la mort était son métier il n’y pouvait rien », l’opération « nuit et brouillard ») contribuent à nous plonger dans l’horreur quotidienne d’une société gangrenée à l'atmosphère délétère, pourrie par le profit et la peur, coincée entre la chienlit et le Kärcher.

Avec La Mort au détail Dirck Degraeve nous offre en cette fin d’année un roman surprenant, captivant et bien mené, où l’humour, l’amour et la musique permettent à quelques hommes de bonne volonté de croire encore un tant soit peu au Père Noël.

dimanche 13 novembre 2011

Les passions rouges de Cyril Mokaiesh

Du Rouge et des Passions, tel pourrait être le nom du dernier maquillage Bourgeois si Cyril Mokaiesh n’avait repris à son compte certaines allégations pour imposer son titre Communiste. Mais, dans le même temps, et parce que la révolte emprunte rarement les lignes droites, pour témoigner de cet étonnant mélange qui caractérise Notre époque il lui faut également en revêtir tous les oripeaux.


Ainsi ce premier album pourrait-il faire à lui tout seul l’objet d’un blind test tant ses références sautent aux oreilles et nous rappellent Ferré, Uminski, et même parfois Thiéfaine. D'abord l’on pense à Saez, et puis tout s’élance dans une valse qui nous transporte brillamment du côté de chez Brel. Et puis l’on cherche à voir « où ça nous mène » avec Le sens du manège, avant de se laisser aller au gré des flots de la mélancolie du Rouge et des passions («rien ne m’attache, tout me retient»). Alors, au moment où l'on s'y attend le moins, l’espoir paraît, soudain et néanmoins, avec ces Jours inouis, mais Brel, toujours, et puis Sheller aussi nous rappellent que c’est Folie quelque part que d’espérer quoique ce soit ici-bas avant de céder sous Nos yeux à une variété surannée.

Peut-être intimidé par ses maîtres, ou parce qu’il regrette leur époque, Cyril Mokaiesh finit par dériver au fil de sa poésie, se laissant porter par elle à rebours et surtout à contre-courant. Alors il peine un peu, forcément, et nous aussi à la longue. Les mots qui jusqu’ici nous enchantaient nous laissent las devant ce cri des essouflés, à se dire que l'on a fait le tour parce qu’il en a trop fait, ou pas assez, tout ça pour finir sur une reprise de Lavoine qu'il relance avec une morgue désespérée et, il faut l'avouer, un certain brio.  

« Je vous fais toutes mes excuses » nous dit-il finalement, et il y a de quoi toutefois, tant ses premiers élans nous laisser espérer mieux, du moins que tout cela nous conduise autre part que dans le mur, cernés de part en part par notre époque ou par notre culture.
Du désespoir à la résignation il n’y a qu’un pas mais Cyril Mokaiesh ne se résigne pas et ne nous désespère pas. La peur d’être mal compris ou ce parti pris qui consister à revêtir la cosmétique de l’ennemi l’auront convaincu d’en rester là, du moins pour cette fois, mais nous promettent d'autres lendemains qui chantent, de façon tout aussi juste et lucide, mais moins à l'étroit.

lundi 7 novembre 2011

Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, de Pierre Thiry


Il était une, deux, trois fois (et tant d’autres depuis la sortie du dernier livre de Pierre Thiry) un, deux, trois frères lapins amoureux d’une hermine à Montceau-les-mines. Ce pourrait être une comptine si ce petit conte ne contenait l’air de rien bien plus qu’il n’y paraît au premier abord, à commencer par un secret que les dits lapins (du moins les trois qui nous intéressent) ignorent : mais qui est donc cet Isidore ?
Et c'est ainsi qu'avec eux nous partons, sans savoir à quoi nous attendre encore, à la rencontre de ce personnage « considérable, redoutable, tout à fait exceptionnel, unique en son genre » à l’apparence non moins étrange que ses obsessions, et qui répond au curieux nom de Tipéranole.

Au croisement du monde commun et rassurant des livres pour enfants et de l’univers vaste et surprenant de la littérature classique, c
onvoquant tour à tour Esope, La Fontaine, les Trois petits cochons, Pierre et le loup, Jacques Prévert, Boris Vian et Lewis Caroll, Pierre Thiry compose avec le réel pour lui redonner vie, par le truchement de la toponymie, de l’anthropomorphisme, de la métonymie.
Ce petit conte qui regorge de trouvailles, tel ce « vieux fusil qui tirait des balles cruelles » ou ce fabuleux passage sur le temps, parlera aux souvenirs des adultes comme à l’imagination des plus jeunes. La diversité des registres, la richesse du vocabulaire et des sonorités sont autant d'invitations à explorer le sens des mots que nos propres sens. Car, s'il y a du rythme, de la rime et de la poésie, il y a aussi des images dans cet étrange ouvrage qui a la structure d'une fable et le langage des nuages.
Sous cette douce et claire couverture abritant d'épaisses feuilles couverts de larges caractères c’est la jeune illustratrice Myriam Saci, du blog Mya c’est Moi, enfin c’est elle, que Pierre Thiry a choisi pour ses représentations ingénues, chaudes et colorées, de créatures et de crèmes glacées illustrant à merveille ce charmant volume, où la curieuse proéminence du point virgule nous renvoie au leçons de notre enfance mais aussi peut-être au précédent ouvrage de l'auteur.
En attendant de découvrir ce Ramsès au pays des points virgules que j'ai désormais hâte de pouvoir lire, je tiens à remercier Pierre Thiry et Myriam Saci, ainsi que Sophie Tagel, auteur et rédactrice du site Trendys grâce auxquels j'ai eu le plaisir de connaître et de partager cette présente lecture, et vous convie à partir à votre tour à l'aventure avec Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines, un petit conte pas bête à offrir pour les fêtes.