samedi 25 juin 2011

Easy readers : l'aventure VendrediLecture







Les bonnes idées, d’où qu’elles viennent, font toujours du chemin.
VendrediLecture est de celles-là.

Un jour, en Amérique, un certain Patrick Bethanne, plus connu sur Twitter sous le pseudonyme de Bookmaven (« celui qui acquiert et transmet la connaissance par les livres ») décida que, chaque vendredi, ceux qui le voudraient se réuniraient sur le réseau pour y partager leurs lectures, en fonction de quoi un palmarès sera réalisé, et un prix gagné par l’un d’eux. Ainsi naquit le FridayReads. Le projet réalisé, l’idée traversa l’Atlantique. Elle fut recueillie à son arrivée par Marion (« goutte d’eau ») et Sabbio (« je sable ») qui en prirent soin, la nourrirent et l’élevèrent. Et c’est ainsi que, venue d’un Robinson Crusoé, l’idée, sous l’égide de ces vénustés, devint un VendrediLecture.

Ce qu’il y a de bien dans les bonnes idées c’est qu’elles parviennent toujours aux bonnes personnes, y compris à celles auxquelles elles ne semblaient pas d'emblée destinées.

Un jour, quelque part. A ceux qui ne croient pas aux histoires. A ceux qui n’y croient plus. A ceux pour qui Veneris Dies n’est pas le « jour de Vénus » mais celui où l’on est « vénère » (qui en vérité se dirait plutôt Dies Irae, ou « jour de colère »). A ceux pour qui l’informatique n’est pas une histoire de mythe mais de puces. A ceux qui préfèrent s’éclater sur leur mac et leur pc et qui croient ne pas lire quand ils ne font que ça. Car, en attendant que le monde du papier kraft rejoigne celui de Warcraft, que la publicité pour les livres ne soit plus interdite à la télévision, et que celles des lecteurs ressemblent à celles des gameurs, on lit désormais comme on joue : en réseau.

A ceux-là comme aux autres je dis : VendrediLecture est une aventure collective qui, bien qu'elle n'ait rien de sorcier, fait appel à la magie réunie des lettres et des bonnes volontés.

Alors rendez-vous tous les vendredi sur Facebook ou Twitter ou par mail à vendredilecture@gmail.com et répondez à cette simple question : Et vous, que lisez-vous ?
Alexandre Astier, auteur tenté et patenté sur les terres de tous les milieux : de la musique à la télévision en passant par le théâtre, du jeu de rôle à l’écriture, et du jeu de scène au jeu vidéo. Il est surtout connu pour Kaamelott, série de qualité né d'un court métrage intitulé...Dies Irae.

dimanche 19 juin 2011

L'impromptu

Crédit photos et vidéo Eric Darsan
C’est un impromptu que je vous propose aujourd’hui à l'approche de la fête de la musique, une note librement composée sur un air de piano au détour d’une rue. Mais improviser ne s’improvise pas : pour parvenir à ce morceau de bravoure il faut de la préparation, quelques œuvres à son répertoire, de la maîtrise et du talent.

C'est très exactement ce que possède cet homme et son piano sortis de derrière les fagots, du bois dont on fait les trovatori, trouveurs ou musiciens poètes. Esprit du temps peut-être, l’on cherche à retenir l’instant puis, sitôt passé, à le retrouver. Alors l'on se connecte à Internet, l’on se fait netective, web-trotter, tracker à la recherche du mot clé qui nous ouvrira l’accès à l’univers de l’artiste. L’on revoit les photos, les vidéos que l’on a prises.


Une inscription sur l’instrument : pianoguglielmi.com. Le site de l’artiste? Non, mais un précieux indice puisqu'il s’agit du nom d’un atelier et magasin de pianos établi depuis plus de cent ans à Nice. Un pianiste ayant pignon sur rue au pays des pins, cela ne s’invente pas. Et c’est là qu’effectivement nous le retrouvons, de la Promenade des Anglais à la place Massena il y a dix ans déjà.


Depuis le musicien et son piano ont fait bien du chemin : Nice en Avignon en 2007, Montpellier en 2010 et, Paris en 2011, enfin. Et pourtant vous ignorez encore son identité.



Ne titrez pas sur le pianiste en ce cas ! me direz-vous. Alors, puisqu'il vous faut un nom, à force de recherches le voici :
Steve Villa-Massone.
Ses antécédents? Une pratique assidue depuis l’âge de cinq ans, une formation au conservatoire et un répertoire classique pour une démarche qui ne l’est pas : transposer sans pose, mais en virtuose, l'or de la scène à l'art de la rue.
Car n'est pas homme de la manche qui veut et, plutôt que de combattre les moulins, notre Quichotte a choisi de vivre sa passion en louant ses dons à un public conquis.

Alors nous le louons aussi et, si l’on a coutume de dire chi va piano, va sano (« qui va doucement va sûrement ») l'on oublie trop souvent la suite : chi va sano, va bene, chi va bene, va lontano (« qui va sûrement va bien, qui va bien va loin ») ! Après avoir suivi ses pérégrinations c'est évidemment ce que nous lui souhaitons.

Mise à jour : vous pouvez également retrouver Steve Villa-Massone sur son site.

lundi 13 juin 2011

99 Francs, de Frédéric Beigbeder


Octave, créatif pour une grande agence de publicité, ne tient que par la drogue, l’alcool, et le stupre dans lesquels il noie son désespoir et sa solitude. Jusqu’au jour où il décide de se sauver en se retournant contre le système qui l'entretient et qu'il entretient en retour.
« Tout est provisoire » : comme pour le prouver le narrateur avoue d’emblée écrire dans l’intention de se faire virer et de retrouver sa liberté. Au fil de ce cheminement qui constitue également une reconquête de son identité, chaque chapitre porte le titre du pronom personnel auquel il est écrit et dont il porte la marque : je, tu, il, nous, vous, ils.
Après s’être définit par un inventaire de ses biens, l’auteur revient sur ses motivations « je crois qu’à la base je voulais faire le bien autour de moi. Cela n’a pas été possible pour deux raisons : parce qu’on m’en a empêché, et parce que j’ai abdiqué » et conclu face à l’illusion révolutionnaire de notre temps qu’il ne reste qu’à « foutre le camp ». Ce constat qu’il va développer dans les chapitres suivants, va prendre toute son ampleur lors de son road trip avec son ami Charlie lorsque, cherchant un bouc émissaire, ils en viendront à commettre l’irréparable. Dès lors le désir de fuite va prendre une autre direction : ce monde idéal que nous présente la publicité existe-t-il quelque part ?
99 francs est le second ouvrage de Frédéric Beigbeder que j’ai découvert - après Dernier inventaire avant liquidation, autant dire le premier - et pour ainsi dire le seul depuis, tant il surpasse à ce jour et à mon sens tous les autres tant dans le style que dans sa description du monde contemporain en proie à la publicité et plus largement aux mass media, au culte de l’image, à la surproduction et à la surconsommation. A ce titre il a notamment le mérite de poser des questions qui demeurent plus que jamais d’actualité et par là-même trop peu dénoncés, telles que le vocabulaire guerriers du marketing ou l’influence des fonds de pension.
Face à la complexité des questions et à l’absence de solution, l’auteur oppose un cynisme féroce et des réponses radicales. Au point que l’adaptation cinématographique quoique brillante, m’a semblée fortement édulcorée : ainsi toute la scène relative aux fonds de pension, à Céline, au bouc émissaire, et aux rapports franco-américains, avec toute la rhétorique qui s’y attache, a été supprimée pour laisser place à une séquence où nos deux compères, transformés en héros de dessins animés sous l’emprise de stupéfiants, heurtent aléatoirement tous les piétons qu’ils rencontrent.
Somme toute 99 Fr est un livre très réussi, de son écriture à son adaptation, en passant par le défi du narrateur de se faire virer que Beigbeder a ironiquement si bien relevé que la liberté rêvée par Octave, au lieu de le condamner à l’« assurance chômage » et à la chute, l’ont mené droit vers les parachutes dorés et ascensionnels qu’octroie parfois la littérature.

mardi 7 juin 2011

Le retour, par Trondheim et Larcenet


Martina et Gildas ne peuvent plus reculer. Ils ont voulu la vérité, ils l’ont et doivent désormais faire avec, que ça leur plaise ou non. En cela ce monde-ci n’est pas très différent du précédent…et menacé à son tour, cette fois par les Meskimeks qui veulent l’annihiler et dévorer ses habitants.
Avertis par les Mawissiens, extra-terrestres pacifistes et résignés, Martina et Gildas n’ont que le temps de fuir devant l’impressionnante armada ennemie, embarquant au passage quelques proches, dont le professeur Vatter, chargé du cours d’«extermination d’Aliens qui puent».
Après une course poursuite déjantée ils sont capturés par les envahisseurs. Survivront-ils ? Vaincront-ils les Meskimeks ? Et surtout que cachent les Mawissiens derrrière leur apparente bonhomie ? Une chose est sûre : dans ce monde où tout est sous contrôle mais permis dans le même temps - et qui en ce sens prolonge celui de leur enfance désormais perdue - nos héros ne reculeront devant rien pour accomplir, avec toute la présence d’esprit et l’insolence qui les caractérisent, cette nouvelle mission.

Ce second tome des Cosmonautes du futur, dans la droite lignée du premier, accentue encore le rythme des actions et plaisanteries auquel celui-ci nous avait habitué. Les personnages évoluent à leur aise dans cet espace conçu pour eux – c’est rien de le dire – allant jusqu’à le mettre en péril lorsque cela s’avère nécessaire. Plus encore que dans le premier volume, Trondheim et Larcenet conjuguent leurs talents de scénariste et de dessinateur pour ne nous laisser aucun répit et, cela va sans dire, avec le troisième tome en approche, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

mercredi 1 juin 2011

Quatre Stevens ! (Cat Stevens en concert, Paris Bercy, 26 mai 2011)

Le parcours de Cat Stevens / Yusuf Islam est celui d’un homme qui ne se perd, se cherche et se recherche, que pour mieux se retrouver. Baptisé deux fois par son père et une troisième fois par lui-même, Steven n’a pas trente ans quand, après avoir entamé une fulgurante carrière et échappé à la mort, il troque une nouvelle fois son nom, mais aussi sa guitare, pour une vie de dévotion.

Aujourd'hui, trente-six ans plus tard, au-delà de ce clivage qui a marqué son existence et sa carrière, c’est avec joie que nous découvrons réunis non pas deux mais quatre Stevens : le chanteur, le conteur, le musicien et le chantre de la paix.

Le chanteur : Il aura fallu attendre encore un peu - un quart d'heure à peine, les retardataires coincés sur le périphérique - pour voir ce jeudi le chanteur se présenter devant un large public de jeunes et de moins jeunes qui ne l'ont pas oublié. Seul avec sa guitare, puis accompagné de ses musiciens, Cat Stevens, heureux de rejouer à Paris, « même si c’est à Bercy » , ne tarde pas à créer une atmosphère plus propice à la lumière des réverbères et au gré des titres qui ont fait son succès.


Le conteur : Très vite Cat se fait plus proche, se révèle poète, troubadour, s'assied pour nous narrer entre deux chansons l’histoire d’un petit garçon nommé Stormy et de son voyage initiatique. On lui réclame ses titres les plus connus. Il poursuit : l’enfant « alla voir son père – suivent quelques accords de Father and Son non, d’abord il alla voir sa mère » ! Cat est très attendu, et il le sait, alors il fait durer et fait valoir pour l'occasion son humour et ses talents de conteur.

Le musicien : Après l’entracte il nous revient avec ses compositions les plus sûres. Les merveilleux Heaven, Father and son, Sad Lisa, ou encore Morning is broken voient la forêt de mobiles céder devant quelques briquets, et le désir d'immortaliser l'évènement céder devant le plaisir de l’instant. Les déclarations fusent pendant lesquels Cat, tout à sa musique, l'est également à son public : « Je t’aime aus…so ! There’s many kinds to say ! Perfect Love ! »



Le chantre de la paix : La dernière partie prend un tour plus engagé. L'on suit ses pas dans l’Amérique sécuritaire avec Boots and Sand, son appel au rassemblement, à la réconciliation, avec Changes ou encore For my people. Pas de Lady d’Arbanville mais toujours un Wild World et un Cat Stevens plus résolu que jamais à trouver la paix et l'unité dans ce monde toujours plus troublé. 


Les temps changent, les choses passent. Cat s’éclipse de nouveau, après deux rappels, pour reprendre sa tournée. Pour lui un nouveau cycle commence, au terme duquel devrait naître Moonshadow, sa comédie musicale. D’ici là on emporte avec soi un peu de cette chaleur qu’il a su raviver ou faire naître dans les cœurs. Dehors il fait un peu froid mais, plutôt que de regagner à la hâte les transports en commun, on prend le temps de demeurer encore un peu sous ce ciel étoilé. Alors on demande du feu à un voisin qui n’a pas vidé son briquet pendant le concert, on le remercie, on lui dit bonne soirée, étonné de l'entendre ajouter - et de répondre à notre tour - "Peace and Love", mais plus encore de le souhaiter.


Crédit photos et vidéo : Eric Darsan