jeudi 25 octobre 2012

Gaston Lagaffe, L’intégrale 1/3

Avec le retour de la rubrique bandes dessinées, et dans un autre genre, c'est au tour de Gaston de faire son apparition sur ce blog. A cette occasion, parmi les principales versions existantes, j’ai choisi de vous présenter ici la réédition en 16 volumes, la plus connue encore et, à mon sens, la plus représentative de la série par sa conception abracadabrantesque.

Cette collection comprend les Rééditions R1 à R3 qui couvrent les cinq premiers albums petits formats et inclus des inédits, la R4 qui les prolonge, puis les albums grands formats 6 à 15 auxquels viennent s’ajouter la réédition R5 et le tome n°0 (qui suivent pour ainsi dire le principe des rééditions R1 à R4) que je compléterai par le N° 19, le tout formant plus ou moins l’équivalent de l’édition actuelle dite « définitive ». Vous avez suivi ? Oui ? Non ? Alors c’est parti !

Gaston R1, Gala de gaffes à gogo : Cette réédition de 1971 dite R1 reprend les n°2 et 3 petits formats intitulés respectivement Gala de Gaffes et Gaffes à Gogo, de 1963 et 1964, d'où sa configuration particulière. Pour l’heure, comme l’indique le titre, plus de gaffes que de personnages, puisque l’on à surtout affaire à Gaston et à Fantasio (le premier ayant lui-même affaire au second). L’on notera cependant l’apparition de Prunelle, journaliste, mais aussi de Monsieur De Mesmaeker avec ses fameux contrats qu’il ne peut jamais signer, ainsi que d’autres éléments récurrents comme ce courrier des lecteurs qui s’accumule sans cesse. C’est également dans cet album qu’apparaît le culte et génialissime, Gaston Latex, d'où découleront les figurines du même nom.

Gaston R2, le Bureau des Gaffes en gros : Il s’agit de la réédition de 1972, qui correspond au 4ème album de la série originale intitulé Gaffes en gros paru en 1965, et qui inclut également des inédits. Les personnages que nous connaissons y apparaissent déjà plus affirmés, tandis que nous en découvrons progressivement de tout nouveaux, à commencer par Mademoiselle Jeanne. L’on y retrouve des inventions, du Gaston, mais aussi de la baston avec un Fantasio plus survolté que jamais, et un De Mesmaeker qui signe…le mauvais papier. Un album vraiment désopilant où les gaffes et gags s’enchaînent à un rythme réellement hallucinant.

Gaston R3, Gare aux gaffes du gars gonflé : Paru en 1973, cet album reprend les originaux 1 et 5 de 1966 et 1967 intitulés respectivement Gare aux gaffes et Les gaffes d’un gars gonflé. Les nouveaux personnages s’affirment à leur tour, de même que les éléments qui font le succès de la série. C’est notamment dans cet album que Lagaffe fait l’acquisition de son incontournable Gaston mobile. Il a du succès avec Mademoiselle Jeanne et signe même un contrat avec De Mesmaeker ! Bref, La vie est belle pour notre Gaston : tout lui sourit et, avec le format album qui commence à se profiler à l’horizon, l’on peut d’ores et déjà dire sans rire ni coup férir qu’il a encore de beaux jours devant lui !


Gaston R4, En direct de la gaffe : Publié en 1974 cet album est constitué d’inédits « en direct de » la rédaction. L’on y retrouve toutes les histoires signées Fantasio par Delporte dans le journal de Spirou (les autres étant issues comme les précédentes des collaborations de Franquin et Jidéhem). De petits récits qui apparaissent sous la forme d’articles qui ne manquent ni de mordant ni d’ironie mais demeurent toujours bon enfant, dans l’esprit Spirou du temps, et rendent compte de celui-ci tout en évoquant les inventions et faits divers que l’on doit à Gaston. Un album intéressant, qui complète la série des mini-albums couverts par les R1 à R4. Pour les curieux et les nostalgiques du journal de Spirou, qui auront le plaisir de retrouver ce type d'articles bien plus tard, dans le N°0.

En attendant, à
cet instant précis de la publication, l’on croit en avoir fini, qu’il n’y aura jamais de 5ème tome, parce que l’on aurait à cette date épuisé les inédits. Et ce sera le cas pendant près de 15 ans avant que ne sortent finalement le numéro 0 puis R5 en 1985 et 1986 ! D'ici là les albums suivant paraîtront de façon quasi annuelle pendant un bon moment, comme nous le verrons dans la suite de cette intégrale.

vendredi 19 octobre 2012

Docteur Who, le Dixième Docteur : Brilliant !


« Je suis le Docteur, mais au-delà de cela je ne sais littéralement pas qui je suis » : tels sont les premiers mots qu’adresse le nouveau Seigneur du Temps, à peine remis et en pyjama, à ses nouveaux ennemis, avant de combattre ceux-ci l’épée à la main. Ainsi découvrons-nous, en même temps que lui, celui que nous pensions connaître mais chez qui persistent cependant, malgré le contraste flagrant, certains traits et expressions de sa précédente incarnation. Plus jeune, plus impétueux, plus puissant, plus dur et plus fou, mais toujours admiratif de l’intelligence et de l’invention de toute forme de vie, il continue de s’intéresser à chacun, ne vivant qu’au travers des aventures et de la joie qu’il procure et partage, sans vouloir s’attacher tout en portant un regard plus aimant sur le monde.

Toujours plus enthousiaste ( « Allons-y Alonso ! » ) le Docteur continue, comme si de rien n’était, à voyager dans le Tardis en compagnie de Rose. Mais, parce qu’il faut parfois se rendre aux évidences, au-delà des apparences, et de celle du Docteur en particulier, les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Londres connaît désormais chaque année des vagues d’envahisseurs venus de l’espace, d’anciens ennemis évoluent, d'autres apparaissent : aliens, démons, loups garous, rejoints par le Master, la reine d’Angleterre et autres monstres, sacrés ou non. Et c’est tant mieux car tout serait bien ennuyeux sans ces changements mais aussi ces rencontres avec Agatha Christie, Madame de Pompadour et Shakespeare, ou encore ces références à James Bond ou H2G2 qui constituent l’univers du Docteur.

Car curieusement ce qu’il fuit est aussi ce qui le retient, tant l’étendue de son pouvoir, de ce temps, de la beauté et de la souffrance dont il a été témoin ont créé chez lui une forte empathie. Plus proche des humains, qu’il aime et admire, il partagera leurs émotions et leurs sentiments, l’amour, la tristesse, la joie et la compassion, le courage, l’abnégation. Et l’espoir surtout, qui conduit l’humanité vers son avenir, la pousse à emprunter le même chemin, ou à le quitter pour l’inconnu et l’utopie, pour le meilleur et pour le pire aussi. Où la technologie, en dépit de ceux qui prétendent la maîtriser, de Unit à Torchwood, possède sa propre logique et se retourne souvent contre eux, provoquant la déception, la pitié ou la colère de ce Seigneur du Temps.

Un Docteur fidèle à son nom, qui recherche le pardon et la paix, aspire à la vie commune qu’il défend et cependant met en péril dans le même temps. Ainsi celle de Donna Noble, apparaissant à point nommé et disparaissant de même, à qui sera offerte la possibilité, comme à lui, de voir l’existence qu’elle aurait pu mener, et de choisir entre celle-ci et son destin. Ainsi celle de Martha Jones qui, comme Rose avant elle, mène une vie plus que normale, entre histoires familial et travail à l’hôpital, jusqu’au moment où elle croise la route du Docteur, passant puis patient à deux cœurs. Des hommes casqué, de l’électricité dans l’air : il n’en faut pas plus pour partir à l’aventure, parcourir l’univers et s’y sentir « comme chez soi ».

Hanté par le passé, tourmenté par la culpabilité, le nouveau Docteur en est parfaitement conscient, à qui l’on reprochera désormais ses agissements, et qui reconnaîtra face à Donna qu’il a bel et bien besoin de quelqu’un pour l’empêcher d’aller trop loin. Car, parce qu’il sait plus que quiconque que tout à une fin, qu’il se sait en sursis et le craint, il ne renonce jamais, défiant et fuyant sans arrêt la mort pour finir par refuser tout changement qui ne soit pas le fruit de sa volonté, tant il s’est attaché à cette incarnation et à ce personnage dont on peut dire sans hésitation : « Il est comme le feu, la glace et la colère. Il est comme la nuit et la tempête au cœur du Soleil. Il est ancien et éternel. Il brûle au centre du Temps et il connaît l’avenir de l’Univers. Et…il est merveilleux. »

Tel est ce Dixième Docteur, dit Ten, comme Tennant, David, son interprète, dont l’histoire se confond avec celle de celui-ci et se résume en un mot : Brilliant. Fan de la série depuis son plus jeune âge, devenu acteur dans ce but, refusé puis travaillant en coulisse, il est finalement choisi pour ces trois saisons hautes en couleur durant lesquelles il saura si bien endosser le rôle qu’il deviendra LE Docteur pour bon nombre de téléspectateur, si bien qu’il faudra longuement préparer sa sortie et l’arrivée du suivant, qui ne se fera pas sans heurts ni pleurs. Mais on ne reste jamais triste longtemps avec le Docteur comme nous le verrons la prochaine fois.



Crédit photos et vidéo : BBC - Doctor Who - The Official Site

jeudi 11 octobre 2012

Manège, Rodrigo Rey Rosa


Rodrigo Rey Rosa, écrivain guatémaltèque, est l’auteur d’une vingtaine d’œuvres courtes dont près de la moitié a été traduite en français, parmi lesquelles Manège, sorti le 6 septembre chez Gallimard.

C'est le premier ouvrage que j’ai eu l’occasion de découvrir à la librairie dans le cadre du prix Virgin 2012 pour lequel il n’a pas été retenu, mais aussi de la rentrée littéraire dont il fait néanmoins partie, raison pour laquelle, bon an mal an, je tenais néanmoins à le présenter.             

Cela commence comme une nouvelle, ou un conte initiatique à la manière de Borgès, d’où transparaît l’étrangeté sous le vernis de la couleur locale. L’auteur, témoin et narrateur, se met en scène, écrivain à qui l’on conseille d’écrire sur le sujet tandis qu’il accompagne son père à une présentation de chevaux andalous pour fêter le vingt huitième anniversaire du fils d’un patriarche local.                

Après avoir resitué le contexte, décrit la rareté des femmes, l’importance des hommes et celle des armes sans manquer de s’en étonner, l’on comprend très vite que le sujet n’est pas celui que l’on pouvait de prime abord mais fait suite à la mort de Douro II, l’étalon le plus cher, dont le box a été incendié. Rodrigo fait alors la rencontre de Jésus Hidalgo, étrange avocat qui lui suggère à point nommé de  « s’atteler » à étudier leur « réalité » et à « transformer ces évènements en fiction ».

Débute alors une enquête susceptible d’impliquer non seulement le patriarche et son fils, étrangement surnommé la Vieille, mais également le fils de celui-ci, prétendument envoyé à l’étranger, de même que la cavalière, l’écuyer et son enfant. Les personnages sont présentés, leurs relations établies, des hypothèses sont ébauchées, le plus souvent suggérées par l’avocat à l’écrivain qui, du coq à l’âne et de fausses pistes à la découverte fortuite d’un tunnel, de faire-valoir à facultatif évoluera progressivement pour se muer en personnage indésirable.  

« Des petits livres » qui « se lisent facilement », ainsi Rodrigo Rey Rosa évoque-t-il ses œuvres quand l’un des protagonistes le questionne à ce sujet. L’on ne saurait dire mieux de cette histoire qui, bien que chemin faisant, demeure fort monotone, trop rectiligne, trop expédiée peut-être, où chaque rebondissement n’est qu’un prétexte à introduire un nouveau cliché, où la confusion des genres se substitue à l’imagination pour donner naissance à un genre de vaudeville écrit par une Agatha Christie égarée chez Tintin et les Picaros.

En somme un curieux manège qui ne mène nulle part, sinon à pas grand-chose, et qui, malgré et par ce parti pris pour le moins original et l’atmosphère particulière qui en découle, tente d’attirer l’attention faute de présenter un quelconque intérêt dans la forme ou dans le fond. Une nouvelle, disons une novella : voici à mon sens comment il faut voir cette œuvre d’une centaine de pages à peine sur les 150 annoncées, qui se suit un peu à la manière des séries télévisées du même nom, en se prélassant un verre à portée de main tout en profitant des dernières chaleurs de l’été indien, et que l’on peut choisir de zapper sans hésitation.

lundi 1 octobre 2012

Chamame, Leonardo Oyola

Après La Vie et Appâts Vivants, toujours dans le cadre de cette rentrée littéraire, en avant première grâce à Libfly et au Furet du Nord que je tiens encore à remercier, l’opération On vous lit tout continue avec ce troisième ouvrage, intitulé Chamamé.  
Septième roman de Leonardo Oyola, c'est le second traduit et publié en France par Asphalte, jeune maison d’édition parisienne fondée par deux « deux passionnées de culture urbaine, de littérature contemporaine et de bourlingages en tout genre » qui vient de fêter ses deux ans d’existence. Il a reçu en 2008 le prix Dashiell Hammett de la Semana Negra, récompensant le meilleur roman noir écrit en langue espagnole.

« Chanson et danse » à la fois, le Chamamé, ce genre musical qui signifie en guarani « agir sans réfléchir » donne le ton à cette histoire de bandidos narrée par Ovejero, dit Perro, qui, rivé à son pistolet surnommé Itaqua, s’est lancé à la poursuite de Noé, son accolyte pas catholique armé d’un coutelas baptisé pasteur Jiménez. Et c'est peu dire que ces deux-là n’ont pas besoin de guarana, qui ne connaissent de réflexions que celle du soleil sur l’asphalte, et d’adrénaline que celle que procure la poursuite. 

Car Perro veut sa part mais surtout se venger de la trahison de Noé, parti bâtir une église ou quelque autre château en Espagne avec l’argent récolté au cours d’un kidnapping ayant mal tourné. L’occasion rêvée pour méditer sur un présent et un passé hantés par des rêves qui ne commencent jamais et des jours qui n’en finissent pas, où la consolation finit toujours par céder devant la fatalité et où l
es voies du saigneur comme les voix du juke-box, la foi comme les foies, donnent des ailes à ces pirates de la route dont les magouilles finissent toujours par déraper. Personnages singuliers et stéréotypés à la fois ils vont laisser dans leur sillage, comme une traînée de poudre, une ribambelle de demi-orphelins, de filles faciles et de macchabées qui n'ont en commun que leur trivialité.           

Sorte de Pulp fiction criblé de références à l’enfance et aux dessins animés, de Heidi, de Musclor, de Goldorak, de Schtroumpfs et de Cosmocats, Chamamé est un road movie au rythme endiablé et indéniable mais au goût contestable à l’instar des Rues de feu, film culte du personnage, ou de cette bande-son qui semble avoir fortement marqué l’ouvrage, de Bon Jovi à Springsteen en passant par Corona, Shakira, Def Leppard et autres groupes patentés dont les clips illustrent la cavale de héros ringards musclés et permanentés.   

     
Olivejos retrouvera-t-il le pasteur ? Existe-t-il un avenir pour l’un, pour l’autre, pour les deux ?
 « Tu connais la fin du film ou je te la raconte ? » nous interpelle le narrateur. Les deux répondra le lecteur averti. Mais, parce que le style et l’action se substituent ici à l’imagination, et parce que le chemin importe plus que la destination, il lui laissera le soin de se la raconter sans pour autant s’en laisser conter, comme il le ferait d’une série télévisée à mi-chemin entre Entre Dexter et Breaking Bad. A prendre ou à laisser ? C'est vous qui voyez, je vous laisse le choix, comme dirait Noé. 



Pour ma part l'opération On vous lit tout se termine ici avec ce troisième et dernier ouvrage, mais se poursuit sur Libfly avec les autres romans français de la rentrée littéraire et sur On vous lit tout, évidemment. Je tiens à remercier chaleureusement Libfly et la librairie Furet du Nord grâce auxquels j'ai pu lire en avant première les titres de cette rentrée littéraire pour la seconde année consécutive, pour le sérieux, la passion et le plaisir qu'ils ont su une nouvelle fois communiquer à cette occasion et que j'ai pu à l'instar des autres participants de cette opération, partager à mon tour. 

Appâts vivants, Fabio Genovesi



Après La vie, de Régis de Sa Moreira, j’ai le plaisir de vous présenter un second ouvrage reçu en avant première dans le cadre de l’opération On vous lit tout organisée par Libfly et le Furet du Nord, que je tiens à remercier une nouvelle fois par la même occasion, ainsi que les éditions Fayard, de même que l'auteur, bien évidemment.

Ce livre, curieusement intitulé Appât vivants, est le second roman de Fabio Genovesi, auteur, chroniqueur et amateur de pêche de musique et de cyclisme qui réunit ici brillamment ses trois passions.  


Fiorenzo est un jeune garçon de dix-neuf ans qui vit de nos jours à Muglione où il sévit au sein d’un groupe de métal aussi peu reluisant qu’ambitieux, composé notamment du geek Stephano et du bedonnant et fanfaron Giuliano avec lesquels il entend bien dévaster le monde, à commencer par ce petit village toscan. En attendant un meilleur plan il travaille au magasin d’appâts de son père et fréquente L’Info Jeunes du coin qui évoquent pour lui cette « même sensation sépulcrale » contre laquelle il se débat et dont cependant il se nourrit.                   

C’est sans compter sur les vieux résidents, parmi lesquels le bien nommé Mazinger, fidèle client appareillé à la voix de robot ou encore Divo, le réparateur de télévision, déjà échaudés par l’arrivée de nouveaux immigrants contre les menaces imaginaires desquels ils décident de se dresser pour pallier au marasme réelle de leur condition. Tout fout le camp et, d’ailleurs puisqu’on parle de camp, l’amalgame est vite fait avec la shoah tandis que le petit clan prétend renouer avec le bon vieux temps des résistants et l’amour de l’Italie, encouragés par les journaux locaux. C’est alors que surgit La Phalange pour le rajeunissement total, ennemi providentiel et tueurs de hérissons morts, dont le crime ne restera pas impuni, provoquant une escalade dans la violence sans précédent à l’échelle du village.            

Ces aventures nous les suivons surtout à travers le regard particulier, naïf et désabusé, de Fiorenzo. Au gré de ces pages à la première personne qui se lisent comme un journal on le voit ainsi disserter sur la  vie, le vide, le corps, la mort et l’amour qui le touchent tour à tour et dans le même temps, de la perte de sa main quant il était à deux doigts d’un exploit enfantin, à celle de sa mère, jusqu’à ses premières expériences., mais aussi et surtout du Mini-Champion que son père s’est mis en tête d’entraîner et qui est en passe de lui voler sa place.  
               
Heureusement Fiorenzo a du répondant, et ses propres méthodes de développement personnels comme celle dite du super conseil qui consiste à écouter toute bribe de conversation passant à sa portée et dont le résultat est pour le moins déconcertant. Il y a aussi les vers, évidemment, parmi lesquels « le roi des appâts vivants sera toujours sa majesté l’asticot […] qui vous donne l’impression saisissante d’être dans la tombe », mais également ceux d’Annunzio, le poète italien, qu’il lui faut enseigner au nouveau protégé qui, sur sa lancée, se fendra allègrement d’une série de copies plus fantasques les unes que les autres, de l’extinction des dinosaures à l’os assassin.          

Et, parce que leur monde est petit, il rencontrera aussi celui de Tiziana, avec lequel il alternait jusque là. Fille prodigue de retour au pays, son regard et son récit vont également évoluer au cours du roman : de cliché ambulant entretenant une relation avec un homme marié et accessoirement un blog où elle raconte sa vie, coincée entre son travail à l’InfoJeune, sa colocataire et les gars du chantier, on la voit progressivement révéler sa complexité et celle du Mini-Champion tandis que nous découvrons l’improbable destin de Stéphano après la publication d’une impossible photographie du pape et que nous nous interrogeons sur le devenir de Fiorenzo.               

Les Appâts vivants de Fabio Genovesi ce sont eux, ces personnages hauts en couleurs qui s’attirent et se repoussent au gré des courants et de la vie et auxquels nous nous laissons prendre aussi. De même, si les changements fréquents de personnages plus que de ton tendent à nous perdre, il contribuent aussi à ce récit  vif et plaisant, tendu comme un fil tissé de 70 fugaces filaments aux titres cocasses qui s’enchaînent comme autant de brèves nouvelles, d’images d’Epinal, de faits divers entrecoupé de présumés articles de presse. Résignés mais révoltés dans le même temps, nostalgiques mais continuant d’évoluer cependant, comme pris dans une nasse mais libres de leurs mouvements, tels sont les appâts vivants entend nous régaler. Avec succès, cela s’entend.            
   

Comme annoncé précédemment, après La Vie de Régis de Sa Moreira, Libfly m'a fait la surprise et le plaisir de m'envoyer deux autres ouvrages : Appâts vivants de Fabio Genovesi, sorti le 5 septembre avec lui aussi une jolie couverture dont les couleurs appellent à profiter des tout derniers jours de l'été, mais aussi Chamame de Leonardo Oyola dont je vous parlerais dès la semaine prochaine. D'ici là vous pouvez également retrouver cette critique sur Libfly ainsi que les autres romans français de la rentrée littéraire.