dimanche 25 novembre 2012

Gaston Lagaffe, L’intégrale 2/3

Après la réédition des cinq premiers albums sous la forme des R1 à R3 et R4 que nous avons pu voir précédemment, les éditions Dupuis ont poursuivi sans davantage de remaniement la série originelle, les tomes suivants ayant d'ores et déjà été publiés en grand format.


Gaston 6, Des gaffes et des dégâts : Cet album, paru pour la première fois en 1968, est le premier grand format de la série. Il marque l’apparition de gags se déroulant sur une page entière. C’est également le premier que Franquin réalisera seul. Il en sera dès lors de même avec les suivants alors que les précédents étaient réalisés en collaboration avec Jidéhem, et Delporte à l’occasion. Tandis que le Gaffofone miniature que nous découvrons sur la couverture laisse déjà présager des vertus de ce fabuleux instrument, nous retrouvons surtout Gaston et Fantasio accompagnés de personnages secondaires plus nombreux que jamais. Un premier grand format abouti, classique et efficace, qui déga(ff)ge la voie pour la suivants.

Gaston 7, Un gaffeur sachant gaffer : Ce septième album et second conçu comme tel, reprend les éléments qui font le succès des précédents tout en forçant encore le trait. L’on y voit ainsi davantage les coulisses de la rédaction, sa faune et son fleuron dont font éminemment partie Gaston et Prunelle, chacun à sa façon, évidemment. Quelques morceaux d’anthologie parmi lesquels le Gaston de noël, le rhum, les tortues, et ce fameux panneau stationnement interdit transformé en sucette géante qui figurait à l’époque sur les paquets de BN ! Un album une fois de plus hilarant et très réussi, qui fleure bon l’insecticide, la peinture et la pollution pour le plus grand plaisir des (non)sens et de l’invention.

Gaston 8, Lagaffe nous gâte : Cet album n°8 varie les lieux d’exercice(s) de Gaston et de ses compagnons, volontaires ou non, de la plage à la neige, en passant par les bureaux de la rédaction. Instruments de musique, bilboquet, tout est bon pour faire tourner en bourrique (involontairement cela va de soi) Prunelle qui désormais remplace Fantasio et acquiert définitivement ses attributs, entre leçons de morale paternalistes et jurons. Une fois n’est pas coutume, Lagaffe nous gâte et nous fait même l’honneur d’une signature avec De Mesmaeker pour une de ses inventions qui, si elle n’est pas la meilleure, fait compter une fois de plus le contrat de Prunelle pour du beurre en nous offrant un très joli retournement de situation.

Gaston 9, Le cas Lagaffe : Avec ce neuvième album, publié en 197I, nous retrouvons les incontournables gadgets de Gaston, de son sempiternel et inénarrable instrument à (dis)corde à sa non moins polluante (sinon plus) Gaston Mobile. Mais c'est aussi l’album qui marque l’apparition des animaux domestiques (ou pas) de Lagaffe que sont la mouette (c)rieuse et le chat(astrophe) sans parler de sa rencontre avec un cachalot et de ses déguisements de Marsupilami ou de kangourou, le tout concourant à la mise en place de nouveaux running gags. Un album cohérent qui, outre ses thèmes récurrents, existait à l’époque dans une version disponible contre des points cadeaux dans les stations services !

Gaston 10, Le géant de la gaffe : ce tome, paru en 1972, porte bien son nom et fait honneur à Franquin qui montre ici l’ampleur de ses dons non seulement de dessinateur mais de scénariste. Les dialogues, nombreux, au point de rogner le dessin, alternent avec des mouvements emportés, ponctués d’onomatopées hurlantes et colorées, qui font la part belle aux yeux et aux oreilles. Aux côtés de Gaston l’on voit surtout Prunelle et Yves Lebrac, dessinateur du journal, les autres intervenants, parmi lesquels La Bévue et divers gardiens de parc et de zoo n’étant là que pour renforcer la richesse de cet album. Avec cet album haut en couleur avec un auteur et des personnages au sommet de leur art, Gaston apparaît bel et bien comme le Géant de la Gaffe.

Gaston 11, gaffes, bévues, et boulettes : Publié en 1973 ce 11ème album de Gaston, avec Mademoiselle Jeanne en couverture, fait en vérité la part belle à de nombreux personnages, aux anciens comme aux nouveaux. Avec un Lagaffe en grande(s) forme(s), qu’on sent que rien ne peut arrêter, pas même les douaniers qui font plusieurs apparitions. Mais jusqu’où ira Gaston ? se demande-t-on. Allez savoir ! Et c’est encore De Mesmaeker qui en fait les frais. Heureusement il y a le sport pour se défouler, et si cela ne suffit pas l’on peut toujours en inventer ! Un album excellent, digne de la qualité d’une série à laquelle on finit par s’habituer et qui cependant parvient toujours à se renouveler.

Gaston 12, Le gang des gaffeurs : cet album, paru en 1974 et douzième de la collection, porte décidément bien son nom. Unis pour le meilleur, le pire et le rire tous les personnages sont ici de la partie. Un volume en grandes pompes, avec quelques morceaux d’anthologie et tout plein d’inventions pour passer le temps au bureau, améliorer son environnement ( ou pas) de travail ( de rêveries) : du canapé-courrier aux tire-fesses, en passant par l’irremplaçable bilboquet. Quelques activités de plein air évidemment, entre l’agent Longtarin, le football et les requins. Un album classique, parmi les meilleurs, pour tous les goûts, sauf celui de ses collègues et visiteurs, parmi lesquels figurent en premier lieu Monsieur de Mesmaeker et Fantasio.

Avec cette série s'achève la période faste de publication des Gaston. Désormais il faudra attendre cinq ans avant l'édition du prochain album. Fort heureusement, contrairement aux lecteurs de l'époque, vous n'aurez pas à patienter si longtemps avant de découvrir la suite, ne serait-ce que par l'entremise du troisième et dernier article consacré à cette intégrale !

mardi 13 novembre 2012

Jean Cocteau unique et multiple, L’Entretemps - La Voie des indés

La Voie des indés est une toute nouvelle opération organisée par Libfly, en collaboration avec Libr'aire et Blook'up, qui se déroule depuis le début du mois de septembre avec la participation de plus de 60 éditeurs, la diffusion de près de 300 livres et chroniques donnant lieu à un blog, à un livre et à de nombreuses rencontres à venir.
J’ai cette occasion choisi de vous présenter le coffret "Jean Cocteau unique et multiple" réalisé dans le cadre de l’exposition du même nom qui s’est déroulée au musée Fabre à Montpellier du 12 mai au 2 septembre, musée que je connais bien mais auquel je n’avais pu me rendre, et qui se présente comme un « DVD-Rom et Livre ».         
Un livret d’abord, plus qu’un livre, d’une soixantaine de pages regroupant une vingtaine d’articles. Où l’on découvre un Cocteau vivant, adepte du mouvement et de la technique, qui refuse « l’ordre mort », convie l'écrivain à suivre son livre jusque sur les rotatives et à se pencher sur les motifs les plus frivoles, comme « le petit chapeau de Greta Garbo » ou l’automobile caractéristiques de son temps, mais l'enjoint à se méfier du téléphone qui dérobe à l'écrit le temps qui lui est nécessaire. 

Un artiste à la fois novateur et conservateur, défenseur du cubisme et de la modernité mais qui s’insurge contre l’usage qui en est fait et contre l’avant-garde, qui parle de la poésie comme d’une « arme précise, terrible, sournoise » et s’acharne  « à  travailler sur des bases périssables, les sachant périssables »

Unique et multiple donc, comme le confirme le DVD Rom qui se divise en cinq catégories - Livres, Spectacles, Images, L’auteur et son œuvre, Lettres et arts. En premier lieu les Livres : de ses premiers poèmes, où se dessine déjà le souci d’allier forme et fond, à ses œuvres posthumes ; de ses fictions, du Potomak aux Enfants terribles qui marque sa consécration ; de ses essais où l’artiste évoque ses relations à la drogue,à la création, à la mort dans Opium et La  difficulté d’être, à ses articles dont le livret rend plus certainement compte. 

En second lieu les Spectacles - la musique et la danse, mais surtout le théâtre avec Orphée et Les Parents terribles, ainsi que le cinéma, marqué à tout jamais par La Belle et la Bête - leur représentations et représentations, le tout accompagné de documents attestant de leur réception - bonne ou non - par le public et les critiques de l'époque. Puis vient une courte partie sur les Images qui l’ont rendu célèbres, avant de laisser place à L’auteur et son oeuvre, où l’on découvre un Cocteau mondain, qui compose une ode à Picasso, écrit à Max Jacob et ne quitte le milieu parisien que pour passer l’été avec Radiguet, tous représentants d’un « classicisme vivant » que l’auteur appelle de ses vœux. 

Un fond, somme toute, qui permettrait un large survol de l’œuvre si, sous couvert de « modernité », ce joli coffret, outre un livre plus symbolique que substantiel, ne contenait un DVD-Rom dont la conception aberrante et archaïque et le recours exclusif à Flashplayer contraignent l'utilisateur à revenir au menu et à retrouver son chemin dans l’arborescence tous les 5 ou 10 éléments, soit...entre 300 et 600 fois pour parcourir l’intégralité des 3000 documents ! 

Après m’être soumis à l’exercice des heures durant (non sans avoir tenté de le contourner par maints logiciels, trois ordinateurs différents, et m'être finalement rabattu sur l'exploration du contenu des datas) je dois avouer que la découverte inopinée d’un site permettant de consulter en ligne l’intégralité du Dvd sans ses défauts, a achevé de me plonger dans un abîme de consternation dont je ne suis sorti qu’à grand peine pour rédiger cette chronique qui, outre l'existence d'un fond Cocteau difficilement accessible, aura au moins le mérite de poser une question, de circonstance dans le cadre de cette opération : celle de la fin et des moyens de l’édition indépendante. 

A ce titre je tiens à remercier Libfly et à Lucie, sa community manager, pour cette Voie des Indés qui se poursuit dans les semaines et les mois à venir et que je vous invite ardemment à suivre.   
Vous pouvez retrouver : 
-La liste des éditeurs ainsi que les titres chroniqués par la communauté Ici. 
-Les rencontres à venir  
-Le blog des meilleurs chroniques Ici

Notez que Libfly est également partenaire du salon du roman historique de Levallois qui se déroule du au novembre. Retrouvez toutes les informations concernant cet évènement Ici

lundi 5 novembre 2012

Remember V November, V pour Vendetta


Sorti en 2006, V pour Vendetta est un film adapté de la bande dessinée du même nom, créée en 1990 par Alan Moore et David Lloyd, scénarisé par les frères Wachowsky, à qui l’on devait déjà Matrix, et réalisé par James McTeigue qui a également travaillé sur Dark City.

L’histoire se situe dans un futur proche, au sein d’une Angleterre post-apocalyptique gouvernée par un régime fasciste, le Norsfire. Evey Hammond, menacée par des miliciens pour avoir bravé le couvre-feu, est sauvée par V, personnage masqué qui, après s’être longuement présenté, l’entraîne sur les toits pour assister à l’explosion de la Cour de Justice qu’il a orchestré sur l’Ouverture 1812 de Tchaïkovsky.
Dès le lendemain le chancelier Sutler ordonne l’interpellation d’Evey qui a été identifiée, afin de remonter jusqu’à V lorsque celui-ci, s’emparant de la chaîne de télévision où travaille celle-ci, appelle les citoyens à sortir de leur torpeur et à commémorer le souvenir de Guy Fawkes qui tenta autrefois de faire sauter le parlement en se réunissant devant celui-ci dans un an...

Avant Spawn et From Hell, V pour Vendetta est l’œuvre qui a révélé Alan Moore qui, comme pour celles-ci, n’a cependant pas voulu s’associer à l’adaptation. Ce film, outre ses propres qualités, constitue néanmoins une excellente introduction à l'original en reprenant, bien qu'édulcorés, les éléments qui le caractérisent.

L’ambiguité propre à ses héros tout d'abord, partagés entre leurs choix et leurs émotions et pour qui l’enjeu n’est pas tant le bien que la liberté. Ainsi V, justicier sensible et théâtral dont la détermination n'a d'égale que l'érudition. Ouvertement influencé, du Comte de Montecristo à Spartacus, en passant par 1984 et sa tautologie à laquelle il oppose le fameux tautogramme par lequel il se présente, V, tout en donnant crédit à la menace terroriste, la retourne contre ceux qui l'ont créée dont il arbore d'ailleurs non les symboles, mais les couleurs.

La critique sociale ensuite, avec ces chefs de partis promus chefs d’état grâce à la peur et qui mènent une politique sécuritaire d'uniformisation sous un discours de réforme renforcé par des médias diffusant des infos alarmantes (crise, guerre, pandémie). A travers l'histoire de V c'est cette montée au pouvoir que le film retrace et, s'il relativise le contexte en le rapprochant de faits historiques, il rappelle également que la logique de déshumanisation à l'oeuvre, masquée par l’autorité et le devoir, n’apparaît qu’après coup à ses exécutants.

Ainsi V pour Vendetta est-il un film efficace et cohérent qui, en faisant la part belle aux images, à la musique, et donc à la symbolique, renforce le propos : de même que le gouvernement s’est imposé par des symboles, ceux-ci peuvent provoquer sa chute. Et, si on peut lui reprocher d’avoir gommé certains traits et éléments (la solitude de Sulter, l’empathie de Finch, et l’inclémence de V, le Destin, ordinateur omniscient), gageons que la réaction des ultra-conservateur, la récupération par les Anonymous, et génréralement le cours des évènements, se sont chargé de rendre justice à l’œuvre visionnaire de Moore.




jeudi 1 novembre 2012

Docteur Who, le Onzième Docteur : Geronimo !


« Geronimo ! » Le Tardis part en vrille, et le nouveau Docteur aussi, qui s’agrippe à lui, suspendu dans le vide au dessus de cette bonne vieille ville de Londres. Seule dans sa chambre la jeune Amélia Pond prie le père Noël qu’on lui envoie quelqu’un pour réparer l’étrange fissure apparue sur son mur. C’est ce moment précis que choisit le Docteur pour s’écraser dans le jardin avant de partir en quête de nourriture, car découvrant son nouveau corps et ses goûts en la matière. Après cette présentation aussi fracassante que drôle, Amélia tentera d’élucider ce mystère avec cet ami imaginatif plus qu’imaginaire, avant de partir à l’aventure avec lui. Mais, comme elle l’apprendra à ses dépends, tout est une question de temps.

Pour l’heure le Docteur, fraîchement régénéré, découvre ces nouveautés qu’il reconnaît avoir du mal à maîtriser, de même que le flux de ses pensées. Nouveau Tardis, nouveau tournevis, nouvelles manières, nouveaux goûts vestimentaires et nouvelles expressions ( « Geronimo ! » « Gotcha ! » « Cool ! » ) : tout cela semble satisfaire un docteur qui devra pourtant plus que jamais, se montrer à la hauteur et ne pas se reposer sur des lauriers ( « Hello ! I’m the Doctor ! Basically…Run ! » ) qui ne suffiront pas éternellement à contenir les hordes d’ennemis, plus nombreux, puissants et terrifiants, mus par la guerre, la vengeance, la cupidité et, cette fois, peut-être davantage.

Même pas peur. Personnage de contes de fées confrontée à ses pires cauchemars, Amy Pond mènera même, comme le précédent Seigneur du Temps, son premier combat en pyjama, énonçant et faisant sienne la nouvelle devise du Docteur : « ne jamais interférer…sauf si un enfant pleure ». Enfants qui seront d'ailleurs au cœur de la plupart de ces nouvelles aventures. Histoires toujours plus belles, où le rêve se mêle au réel au point de ne plus pouvoir être distingué de lui, où rien n’est ce qu’il paraît, où ce qui semble familier peut se révéler mortel, contraignant nos héros à faire de nouveaux choix, entre la mémoire et l’oubli, autrefois allié, aujourd’hui ennemi.

C'est sans compter sur le temps, qui est le domaine du Docteur au même titre que l’univers tout entier, où le moindre problème domestique prend une ampleur démesurée, au point que celui-ci se laisse emporter, entraînant Amélia et son petit ami Rory de Leadworth, leur village natal du sud de l’Angleterre, jusque dans l’Amérique truquée de Nixon, où l’ennemi, embusqué dans l’ombre et le silence les traque. Mais, s’il met en danger la vie de ceux qui l’entourent, l’admirent, et se dépassent pour ne pas le décevoir, il leur confère également une dimension héroïque, du mythe du Pandorica à celui du Dernier Centurion, en faisant appel au meilleur d'eux-mêmes et de l’humanité. Et c’est toujours la joie qui ressort, même du pire, en présence du Docteur, comme de Van Gogh ou de la mystérieuse River Song.

Après s’être fait appeler tant de fois John Smith, le Docteur a fini par être incarné par un autre Smith, Matt, pour deux et bientôt trois saisons signées Steven Moffat. Un Onzième Docteur très différent, plus léger mais plus dangereux aussi, auquel j’ai toutefois eu plus de mal à m’habituer, tant Tennant avait endossé l’armure, et Karen Gillan le rôle principal de la série à travers la très belle épopée d’Amy Pond, la fille qui attendait, qui estompe celle du Seigneur du Temps. Un Docteur qui, après s’être ouvert à l’humanité au point de vouloir l’endosser, après s’être découvert en quelque sort mortel, se révèle à la fois plus sérieux et plus déjanté, plus vieux et plus enfantin, sans doute aussi plus proche que jamais de l’idée d’une fin et, ce faisant, à sa façon toujours plus attachant au cours de ces saisons plus épiques, plus riches et plus époustouflantes encore.

Et, s'il sait désormais que son temps est compté, qu'un jour « le Silence s'abattra», se pourrait-il qu'il meurt vraiment ? Quel scénariste, quel acteur aura la prétention d’y mettre fin ? En attendant le Docteur a encore quelques beaux jours, et saisons, devant lui.
D’ici là, les dernières diffusions de cette sixième saison venant de s’achever en France, je vous invite à découvrir la série de romans officiels, inédits et traduits, qui sortiront à partir du 20 janvier. A ce titre je peux d'ores et déjà vous informer que j’aurai l'honneur et le plaisir de vous présenter ces livres grâce à un partenariat avec les éditions Milady que je tiens à remercier. D'autres surprises sont peut-être à venir mais, pour le moment, Silence !

Crédit photos et vidéo : BBC - Doctor Who - The Official Site