lundi 10 novembre 2014

L'hémistiche du 11 novembre : une bibliographie éclair

Nous retrouvons aujourd'hui la seconde édition de cette rubrique rétrospective qui, après Ma rentrée littéraire au lance-pierres, vient fort à propos se glisser entre Les désarrois de l'élève Törless de Robert Musil et Il est de retour de Timur Vermes. L'occasion à travers d'anciennes chroniques inédites de respirer un peu, non à la manière de Foenkinos en écrivant une ligne sur deux,

mais pour prendre le temps, en rajouter un peu
commémorer à ma façon le centenaire
de la première guerre la veille de l'anniversaire
de cet armistice dont l'on nous rabat sans cesse
les oreilles sans jamais en tirer les leçons.

Plus sérieusement voici une série de quelques livres qui à mon sens éclairent le passé comme le présent (bien mieux que la pléthore de discours politiques qui ont mené à deux guerres mondiales et à celles que nous connaissons depuis) en se penchant sur les mécanismes qui régissent les rapports au pouvoir et à l'autorité.

D'abord Psychologie des foules de Gustave Le Bon, paru en 1895, aujourd'hui disponible chez PUF dans la collection Quadrige. Un ouvrage précurseur, toujours d’actualité, qui analyse l’origine, la constitution, les différents types de foule, explique comment la société évolue non par la raison des lois mais par la pression des mœurs et expose les moyens d’y surseoir. Un essai qui passe pour avoir inspiré tous les dictateurs du XXème siècle. A lire absolument.

Ensuite La part de l'autre, le célèbre roman d'Éric-Emmanuel Schmitt paru en 2001 chez Albin Michel. Adolf H. admis, Hitler recalé : sur ce postulat E.M.Schmitt explore en deux récits alternés ce qu'aurait pu être l'apprentissage humain de l'un et ce que fut le destin tragique de l'autre ainsi que leur répercussion sur l'Histoire. En fin d'ouvrage un journal d'écriture explore et éclaire le travail de l'auteur. Vivant et édifiant.


Puis Surveiller et punir de Michel Foucault paru en 1975 chez Gallimard. Dans cette oeuvre magistrale, Michel Foucault montre comment le système carcéral constitue non la marge mais le modèle des sociétés occidentales. Un livre indispensable pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Et, pour compléter cette approche, le Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire dont je parlais ici.
Enfin L'humaine condition d'Hannah Arendt, publié chez Gallimard en 2012. Après Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt s’interroge sur l’action comme fondement de la résistance et de l’humaine condition. Un ouvrage brillant et profond qui fait le tour de la question en compilant ses principaux essais sur le sujet : La Condition de l'homme moderne, De la révolution, La Crise de la culture et, enfin, Du mensonge à la violence ainsi qu'un utile glossaire. Une référence en la matière.

Plus récent et plus ciblé, Les historiens de garde de William Blanc, Christophe Naudin et Aurore Chery. Un essai qui arbore les codes identitaires (couleurs, typographie et thèmes) d'un certain type d'ouvrages pour mieux les dénoncer. Produit par des historiens de profession, il prend le contre-pied de l’essentiel de la production actuellement destinée au grand public en proposant une démarche méthodique, distanciée et critique visant au mieux à éclairer, au moins à mettre en garde contre la prégnance des images d’Epinal et la tradition du « roman national »  développé par Lavisse, Maurras ou Bainville et poursuivi par Deutsch, Buisson ou encore Zemmour, partisans d'un pouvoir fort qui appellent en ce moment même à réhabiliter Vichy.

Face au révisionnisme latent, à l'incompétence et à l'inconséquence des responsables politiques, quelques ouvrages de base qui valent mieux que toutes les prises de position creuses sur le devoir de mémoire. Ainsi L'Histoire de France de Jean Carpentier et François Lebrun, plus communément appelé le Carpentier-Lebrun. Un ouvrage facile et précis conseillé aux étudiants d'Histoire de première année pour se réapproprier les grandes lignes de l’Histoire de France et corriger les lieux dits de l’enseignement primaire et secondaire. Un précis que l'on peut compléter par l'Histoire de l’Europe des mêmes auteurs, tout aussi précis et accessible quoiqu’un peu plus ardu que le précédent mais qui permet notamment de bien comprendre la construction de l’état-nation et ses répercussions.

Ensuite 3 minutes pour comprendre les 50 plus grandes théories politiques de Steven L. Taylor paru en 2012 au Courrier du Livre au sein d'une collection assez inégale. Un ouvrage axé sur les théories plutôt que sur les courants et qui présente les différents types de rapport au pouvoir, de la monarchie à la lutte des classes avant de s’attarder (toujours en 3 minutes) sur l’économie politique et les relations internationales. Un parti pris original et un panorama instructif agrémenté à chaque fois du profil d’un des ses penseur, d’Aristote à Ayn Rand en passant par John Locke et Karl Marx.

Enfin, spécialement pour ceux qui, à l'instar de notre ministre de l'inculture Fleur Pellerin, n'ont pas du tout le temps de lire : En 1 minute par jour L'histoire de France pour les Nuls de Jean-Joseph Julaud. Moins développé que la version complète avec laquelle François Hollande s'était vu photographié il y a quelques années, voici un calendrier perpétuel à spirales bourré d’histoires, de questions et autres commémorations dans l'ordre des jours mais le désordre des thèmes. Pour s’instruire sans y penser tout au long de l’année. Anecdotique mais néanmoins pas vain.

A cette liste non exhaustive évidemment, l'on peut ajouter d'autres ouvrages dont je vous ai déjà parlé, comme Le prince de Machiavel évidemment, W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec, Trame d'enfance de Christa Wolf, mais aussi L'Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans d'Holbach, La grève des électeurs d'Octave Mirbeau et même L'Homme simplifié de Jean-Michel Besnier. Enfin, d'autres encore, indispensables, que je vous invite pour l'heure à découvrir par vous-même, parmi lesquels Le discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie, L'Utopie de Thomas More, Le Panoptique de Jeremy Bentham sur lequel Foucault s'appuie en grande partie, À l'Ouest, rien de nouveau d'Erich Maria Remarque, Matin brun de Franck Pavloff,  L'Age des extrêmes d'Eric Hobsbawm, la biographie d'Adolf Hitler par Ian Kershaw et, à condition de garder le recul nécessaire à la lecture de ce livre, Mein Kampf sur lequel nous aurons l'occasion de revenir la prochaine fois à l'occasion de la chronique d'Il est de retour.

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