vendredi 21 novembre 2014

The Dø, Shake Shook Shaken + Concert Stereolux de Nantes 13/11/2014

Voilà plus de deux ans depuis la découverte de leur précédent album (Both Ways Open Jaws) puis du premier (A Mouthful), que je souhaitais consacrer une chronique aux excellents Dan Levy et Olivia Merilahti qui composent The Dø. L'occasion m'est donnée aujourd'hui grâce à ce concert de la tournée du troisième album - sorti le 29 septembre sur le label Cinq7 et intitulé Shake Shook Shaken - auquel ma femme m'a gentiment invité et pour lequel nous avons effectué le déplacement jusqu'à Nantes. 

Et ce malgré mes doutes à l'écoute de cet album jugé de prime abord – un peu vite et à tort, je le reconnais, mea culpa – simpliste, et malgré l'annonce lapidaire de la séparation amoureuse du duo sur la page dédiée : « Ceci après une absence de trois années, due à la passion folle et torride que nous vécûmes, moi et la chanteuse, les déchirements et autres menaces de split qui s'ensuivirent, sa longue convalescence (moi ça va, je vous remercie) ». Alors info ou intox ? Désespoir, gueule de bois ou ecstasy ? Le duo infernal continuera-t-il de souffler le show et l'effroi ? Et pourquoi ces menottes discrètes sur la pochette ? Vous le découvrirez peut-être en lisant cet article qui, je l'espère, permettra de faire toute la lumière sur cette affaire à travers un enchaînement qui n'est ni tout à fait celui du concert, ni celui de l'album, mais à la fois chronique et review.

Pour commencer, de Las Aves qui jouait en première partie je ne dirai rien, sinon ce qu'ils annoncent eux-mêmes : « The Dodoz is dead † same Team /// different music» « laissant derrière eux un bien beau début ». Ceci dans l'espoir que leur dernier et excellent titre joué – le seul qui se distingue en réalité - puisse donner le ton à leurs futures compositions. Et aussi par respect pour The Dø ainsi que pour les défunts Dodoz que j'ai découvert à leurs débuts il y a dix ans et dont les mélodies m'ont hanté pendant tout ce set. Et si l'on conçoit qu'en dépit de leur succès les premiers n'aiment pas se répéter, l'on se demande pourquoi les seconds, malgré cette première partie et un meilleur encadrement, tiennent tant à repartir à zéro.

Cette parenthèse fermée, et tandis que le public rejoint la salle après avoir vidé ses premières bières au beau bar du Stéréolux, un écheveau de fil descend sur la scène tel un rideau d'eau, nous rappelant l'interview délirante (une fois n'est pas coutume) accordée il y a quelques années à 3ème gauche Tv dans laquelle Dan évoquait l'importance de la mise en scène, la possibilité d'une arrivée en hélicoptère et l'exigence de choix capillaires des musiciens. A moins qu'il s'agisse tout simplement d'un hommage aux feux cheveux longs et dorés d'Olivia troqués contre une coupe brune à la garçonne. Questionnements vite oubliés avec l'arrivée de la chanteuse qui exécute illico presto une ouverture solennelle dans une atmosphère quasi religieuse avec A Mess like this, morceau dont les grandes orgues appellent au recueillement avant de se refermer sur elles-mêmes, cercle infernal à l'intérieur duquel Olivia se demande comment ils en sont arrivés à un tel désordre.

Les titres suivants donnent le dø, le la et le ton selon trois composantes récurrentes : l'omniprésence de nappes synthétiques eigthies voire oldies d'une part, la majesté de cuivres qui évoquent un syndrome Woodkid d'autre part et, pour finir, la puissance de paroles qui sonnent comme autant d'invectives. Avec des envolées à la Björk sur Keeps your lips seal, entre rêve et réalité avec l'entêtant Going Through Walls où le public est appelé à scander le nom de la tournée, avec l'aérien et beau Lick my wounds ou encore avec Sparks et ses accents new wave. 

C'est par ce biais, par la référence, l'influence et l'amour du son que, derrière la lisibilité et par-delà l'énorme et apparent travail de production, surgit la virtuosité du duo moteur au coeur de ce quatuor qui semble avoir pris la ferme intention d'enflammer les dancefloors.


Miracles réalisés dès le début par Dan et Olivia qui tend les deux bras au rythme des percus en interrogeant son complice et ancien amant : « Do you really wanna back in time ? » Synthés minimalistes et sombres basses à la Kavinski. Jambe suspendue dans le vide pour la photo vers un Dan qui se défend en croisant ses baguettes dans un geste de vade retro. Et puis Opposite ways où Olivia entonne « Sorry about this » et s'entête, contrite et haletante, sur une musique dans tous ses états, passant avec une aisance contagieuse du funk à la soul, à la 8-bit et au jazz. Ou encore l'inédit Poppies qui « parle du diable et des champs de coquelicots » où Olivia prend la guitare pour une interprétation très rock qui tranche avec le reste.


Olivia dont les motifs et l'attitude martiale pourrait encore dérouter si elle ne dévoilait cependant leur jeu dès Trustful hands qui évoque la confiance et le chaos et surtout via l'enivrant, génial et survolté cocktail de Despair Hangover & Ectasy (Désespoir, Gueule de bois et extase (?)) où il est question de détruire, de décevoir et de continuer malgré tout à avancer. Une fois cette dés-intox accomplie il n'y a plus lieu de douter. Et c'est avec le très doux et très beau Nature will remain, avec Dan au clavier et leurs musiciens au choeur, que l'on comprend que l'harmonie peut parfois naître du chaos intérieur.


Pour couronner le tout, il y a toutes ces reprises des anciens albums qui interviennent après plusieurs rappels et montrent combien le groupe excelle à revisiter ses propres classiques, à explorer toutes les possibilités de leurs réalisations, à se renouveler à travers elles. Avec Slippery slope où la version live et son solo de saxo inégalable laisse la place à une version électro plus tribale, plus dense avec des cuivres et percussions qui rappellent TNPS (These New Puritans). Avec cette reprise lounge de On my shoulders aux violons planants s'achevant par quelques stances d'Unissasi Laulelet

Ou encore avec le très mélancolique Dust it off, avec Dan au clavier tandis qu'Olivia, progressivement, agite les doigts la main vers le haut, vers un piano imaginaire, pantin de bois ou bien de fer avant de s'immobiliser totalement. Et d'enchaîner à la batterie, puis au clavier, changeant de place avec Dan dans un brouhaha dense et une brume verte avant de disparaître de la scène comme enlevée par des extra-terrestres quand l'un d'entre eux survient, saurien en combinaison spatiale tandis que l'on s'extasie du génie barré d'Olivia.

Le concert se termine. Les dés sont jetés. Dan et Olivia aussi. Habités et théâtraux, ils aiment la scène autant que la musique, la connaissent comme ils se connaissent, et jouent sur la corde sensible de leur rupture annoncée comme d'un instrument bien rodé, ce qui a pour effet d'accentuer la portée des paroles sur lesquelles repose en vérité toute la scénographie. Ainsi, malgré l'attitude renfrognée ou belliqueuse d'Olivia, ses chorégraphies entre Kung-fu à la Kill Bill et postures basses de taï chi style chen, l'on ne peut s'empêcher de remarquer la dentelle qui dépasse de la combi et le travail de ciseleur sous la lisse et martiale architecture carrée. Cohérence du fond et de la forme qui met au premier plan le travail de création des deux acolytes de The Dø et leur amour de la musique qui font de chacun des membres du groupe celui d'une grande famille unie, « comme dø et dø font quatre », par la même passion. Quant à ceux qui sommeraient à The Dø de s'expliquer ASAP sur leur numéro, le duo ne manquerait pas de répondre à la manière de l'insaisissable Anita No OSEF, et ils auraient raison.

« Nous sommes des animaux sentimentaux / Nous sommes des criminels sous couverture / Nous étions censés créer deux, trois choses / Censés enfreindre les lois de la gravité » nous disent-ils dans Trustful Hands. Gageons qu'ils y sont parvenus une nouvelle fois. Et, tandis, que nous revenons de Nantes après avoir retrouvé le duo souriant, humble et gentil, signant avec plaisir leur dernier vinyle, Dan nous demandant si cela nous a plu, et Olivia riant lorsque Lou lui lance qu'elle est fan de sa combi, la tournée européenne de Shake Shook Shaken se poursuit en France jusqu'au 13 décembre avant un passage en Belgique et en Suisse. Des places sont encore disponibles, alors n'hésitez pas à les réserver au plus vite !

Merci une nouvelle fois à The DøDan et à Olivia pour leur musique toujours aussi géniale, leur sens du spectacle, leur sympathie et leur dédicace et merci à Lou, la femme de ma vie - qui vient de sortir un très joli blog intitulé Lou et les feuilles volantes que vous pouvez retrouver ici - pour ce week-end inoubliable !

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