lundi 29 février 2016

Safe, Lucie Taïeb

Safe est un roman qui tranche dans le réel, hache de pompier incendiaire qui fend, fracasse le calme apparent de la normalité quotidienne. De la réalité fragile et fragmentée. Qui aborde, saborde et saccage pour mieux traiter. Des matérialisations. Des peurs et des luttes. De la domination, du féminisme et de la langue. Du livre. De l'imagination à la typographie, quatre-vingt sept haches figurées, imprimées.

Quatre-vingt sept haches si j'ai bien compté. Quatre-vingt sept haches quatre-vingt sept fois fichées entre les paragraphes comme des points. Comme pour marquer le coup. Quatre-vingt sept fois cette même hache, disparue de ce poing fermé que l'on croit – et qui peut-être l'est vraiment – tendu vers soi une bonne fois pour toutes sur la couverture. Un poing drapé, frappé, empreint peut-être, dans un gant de velours jaune.

Sans que l'on sache très bien jusqu'à la fin si le couperet va s'abattre ou pas, si ce n'est pas déjà le cas depuis la sortie du premier roman de Lucie Taïeb, le 4 février aux Editions de L'Ogre.   

Avec Lou (merci pour le coup de main) !

« Carreau. Carreau. Petit igloo de porcelaine. Carreau. Carreau. 
Ne pas compter. Carreau. »

Teaser. Trailer. Trait. Enumération. Eclipse. Ecran. Flashs. Fredaines. Fondu au blanc. Comme une comptine, pour conjurer la peur. Comme un chant guerrier, qui s'ignore encore. Comme une maladie, auto-immune. Etrangère à tout, et d'abord à elle-même. A l'intérieur d'un corps social, physique et mental, d'un environnement qui l'agresse et que, d'ores et déjà, sans le savoir peut-être, elle ne supporte plus.   

« Nous sommes peu nombreux, nos regards sont brillants […]
Il ne s'agira pas d'une lutte ouverte, mais souterraine, d'une contagion espérée […]
Nos souvenirs seront nos armes. Revoyez à présent toute chose saillante, toute chose tranchante, qui inexplicablement aura marqué votre mémoire... »

Flash-back. Séquençage. Série. Séance. Début du programme. « Où se forgent les armes ». Réunion, collective, clandestine, porte-parole d'une voie « puis, plus nettement, agrume, une autre voix », solitaire parmi. Nourriture quotidien maladie amour et vie. Alternance d'ombre(s) et de lumière(s), de bruit(s) et de silence(s), pluriel(s) et singulier(s). Hypnagogie. Nuits où l'on erre, jours que l'on fuit. Indifférence et empathie « , carreau. Carreau. » Je et tu, tu et elle, votre, vous, tous autres.   

[« Where am I ? »]. Dans le film éponyme, l'épouse effacée, prénommée mais comme anonyme, transparente. Scènes qui s'enchaînent, sans sens apparent ni signification. Une même direction, simplement, donnée par d'autres, forcément. [« Who told you to do this ? »]. Rendre des comptes, tout le temps. Mouvement, progression, (d) évolution, régression. Enchaînement macabres, morbides, mortifères. « Nous ne parlons jamais de nos corps car nous savons que nous les avons. » Cyclothymie ou cycle naturel. Les hommes comme des maîtres et possesseurs, s'éloigner d'eux, à l'instar des enfants, des oiseaux, des ballons et de leurs jeux. [« - look it, it's you […] Look it, she's a princess It's a princess. - Oh, that's very good Very realistic . »]

« Les héroïnes de conte apprennent toujours
l'humilité l'humiliation le silence de soi le sommeil.
Seulement, un jour, cela prend fin. » 

« Où fuir suffit, ne suffit pas » Où l'histoire commence, linéaire, circulaire. Où les bribes se rassemblent. Où les souvenirs se lient. Se lisent dans d'autres livres que celui que l'on tient. Woolf - ''The Curious Incident of the Dog in the Night-time '' - Woolf. Se jeter à l'eau. S'asperger. Syndrome. Retrouver sa virginité. Où les liens se resserrent avec ce qui manque. Où la sécurité, relative, disparaît avec celui qui, à tort peut-être, l'incarnait. ''The relatives'', les proches. Où la langue se délie avec l'histoire de cette traductrice qui fuit en Ecosse. Qui fuit l'homme qui l'a fuit. Qui fuit l'homme qui la suit. « Se retirer loin de ce monde, se soustraire à la parole des hommes » en somme.   

Green Leaves, Scotland, la « chienne rouge », la ligne verte, la mort qui guette, qui rode avec l'homme. « L'homme parti », l'homme parvenu. Celui vient, celui qui tue. Quittée, absente. Dont acte. Partir. Rêve ou velléité. S'échapper enfin. Trouver un chemin. Chercher l'issue. Entre les lignes. S'acharner. Se harnacher. Chercher dans tous les sens. Remuer les maux. Le couteau dans la plaie. Fuir le possible qui effraie, se raccrocher au connu. « Traduire pour cesser d'avoir peur. » Nommer la chose, le lieu et le heurt. Parallèles, verrous, ciels. Pôle d'air, carreau, igloo. Pureté, Immaculée Conception. La vraie force est celle qui protège. Ne pas sortir. Ne pas tomber. Jusqu'ici tout va bien.

« Le plus torturant n'est pas le danger, mais l'incertitude. » Comme un rêve. En boucle. Dont elle aurait loopé la fin. Comme dans un rêve. Une impression de déjà vu – Shining, l'autre jour, la scène de la batte, l'esprit de l'escalier - Un clip. Un film noir. Un roman. Un cauchemar. S'écraser. Sombrer. Exploser. Avion, bateau, voiture. Tous les moyens sont bons. Survivre. Se leurrer. Se perdre. L'impossibilité d'une île, la probabilité du nihil, de l'isthme, de l'asthme, de l'étouffement. Par l'eau par l'air, par monstres et par dévots. Sorcière, chaperons. L'obsession des péchés, de la faute inconnue. Ne pas traîner toute seule. Réécrire l'histoire. Traduire. Tout sauf safe. « Safe était l'un de ces mots. Qui ne se laissait pas traduire. »   

« Il employait certains mots laids et absurdes, qu'elle préfère ne pas se rappeler.
Elle n'a jamais vraiment aimé que sa présence,
le fait de le savoir, chaque nuit, à ses côtés.
La densité de son corps lourd et chaud, imposant et donc protecteur.
Elle pense qu'il n'y a sans doute rien de plus sale que de partager le lit d'un tel homme. »

« SAFE ». Au cœur de la maladie. Au corps, encore. Les mêmes – autres – histoires qui se poursuivent les unes les autres et se rejoignent. Celles de (la) s même(s) femme(s), de ce (tte) s autre(s) de cette syphilis qui n'en finit pas de cet « état » de la contagion de la quarantaine de ceux qui l'ont comme de ceux qui ne l'ont pas. De la concentration qu'il faut atteindre réaliser subir tenter de fuir pour commencer à se poser la question : « Mais quelle raison, alors, pour être tous réunis en ce lieu ? »

Femmes en minorité, hommes indéterminés. La nécessité de se protéger. Dès le commencement. Les responsabilités de la mère, celle de la fille. Qui se transmet, se reproduit. L'impossibilité d'être femme, l'irresponsabilité des hommes. Faire avec ou faire sang blanc. Se préserver. Les mots condamnent. Leur absence, même, nuit. Nulle n'est censée ignorer, ou tant, pis. « A celui à qui je l'explique, et qui me regarde incrédule et moqueur, je précise que tout est plus compliqué qu'il n'y paraît. »

En connaissance d'aucune cause, faire un choix, prendre une décision. Arbitraire contre arbitraire, réagir à la réaction. S'inscrire ou non. Fuir ou rester. Tergiverser. Mauvais moments et mauvaises fois. Dépassée par le trépassé. Fatiguée, déchue, naviguant entre la veille et le sommeil. L'attrait de la peur. L'obsession de la pureté. L'impuissance et la culpabilité. L'impossible échappatoire. Matricide vs Virgin suicide. Se jeter à la mer morte ou dans le vide, à la. Bye.   

Se ressaisir. « Je me demande pour quoi je me prends. Je me prends pour moi. » Avancer comme dans un rêve. Etre rattrapé par la soi-disant bien pensante réalité incarnée par l'autre, le prétendu protecteur devenu prédateur. « Je vais te contraindre à agir, si je persiste dans cet aveuglement, cette révolte vaine, cette inconséquence. » Apeurer et rassurer. Souffler le chaud et le froid. Double voix et double pensée. Confier+trahir=confiner. Est-ce passé ?


« Qu'est-ce qui ne va pas avec moi,
donne-moi une hache et tends-moi ton cou gras, mon poulet,
tu verras ce qui ne va pas avec moi. »  

« Memories of Hope ». Une hache encore. Une hache et puis plus. C'en est fini, apparemment. Réunis, l'isolement et la vie. La stase et le silence. L'absence de repères. La nudité rempart. Reflets. Sur le chemin de guet la maladie, rampante. Meurtrière. Désarmée, en apparence seulement. « Je ne trahirais pas mes sœurs, sept, et noires comme corneilles. » Eloignement vers la maladie. Rapprochements inédits : asymptômatie, symptôme, asymptote. L'on examine, l'on isole, l'on soigne, l'on guérit. De rien. Merci. Poésie et blanc seing.

Prise en charge. L'on reconduit. Le temps, l'amant, l'ami demeuré tout ce temps : où l'ennemi ? Tous s'entendent pour l'entendre mais ne l'écouter pas. « Le médecin, l'époux, le psychiatre, surplombant celle. ''Lui coupe la parole/lui intime de se taire/'' » Perte de temps, de repère, de durée. L'ellipse depuis, Et la menace, la peur qui change de camp. Pas question de déraper. Marcher droit. Se (voir/sentir/faire) ''contrôler''. Par tous les moyens. Intrusions et outrages. Nulle n'est censée et tout ça.

« N'étions nous pas gens ordinaires, demandant seulement un peu de joie, un peu de feu, riant à tous les contes ? » Extraits croissants de citations, interrogations auxquelles l'image répond. Chute et rechute. Croisements. Rédemption. Deus ex machina. Script. Comme le crissement des ongles sur un tableau noir. Comme des poings contre une porte fermée. Comme la main qui, au moment où elle croit pouvoir en saisir une autre, une main sienne, une main amie, se crispe, se jette et se referme finalement sur le vide.

Bientôt les voi(es) x, le fil, le film, se déroulent, s'enroulent, s'emballent, se mêlent. « Petit igloo de porcelaine. » [A more controllable space.] « Elle ne se contrôle pas. » [Let's talk about you.] « Faith, Love, Hope. » Allégories, filles du jour et de la nuit. « Mon nom n'est pas Hope, il me reste ce corps, comme lieu de lutte, il n'en sortira pas indemne. » [Are you always tired?] Faire la morte, partie des meubles. « Carreau, carreau, carreau. » [Are you allergic to the 21st century ?] « Quand arrivent-ils, ceux qui me sauvent ? Ils n'arrivent pas. »

« J'ai perdu le fil de leurs promesses non dites, 
de leur langage silencieux, de leurs gestes ambigus, 
garde seulement assez de lucidité pour savoir que 
ce n'est pas de cette manière qu'il convient de me traiter, ni de traiter quiconque. »

« Stratégie de la douceur. » Rémission. Réminiscence. « Rémanence. » Science, conscience, absence. Se faire violence. Entre rêve et réalité, crevée ou alitée, fuir ou lutter. En finir. Abdiquer. Abductée. Travailler, de nouveau. Langages et mondes étrangers. Traduire. Ne plus trahir. Faire et dire ce que l'on aime vraiment. Sans concession ni compromissions. « Nous sommes quelques-uns à nous être égarés. C'est un terrain vague, nous cherchons notre chemin. »    

©Fake Criterion Cover: [Safe].

Safe, le film comme le livre qu'il a inspiré, sont ainsi faits qu'il disent, chacun à leur manière, sous les couverts de l'absence, de la maladie, d'un voile de blancheur impénétrable, l'in-dit, le mâle-dit, l'impossible communication quotidienne et cependant universelle de l'intime dans un monde où le froid, le silence, l'autorité, l'évidence du corps physique et social s'interposent, rendent sourd et gourd d'un côté, aphone et affolent de l'autre.

Accepter le monde tel qu'il – laid – puisque les autres le font – bien. Faire partie des meubles. Ne pas faire tâche. Supporter les produits, comportements et gens toxiques, leur superficialité, leur racisme et leur misogynie ordinaires. Passer des examens cliniques lorsque ce n'est plus le cas. Comme si le problème venait de soi. Voilà ce qu'en somme le personnage de Todd Haynes doit endurer jusqu'à ce que la crise de tou(t) x), d'angoisse et autres maladies environnementales en viennent à bout. Desperate housewife, Carol, se croit, se pense, se sait, se dit malade. Et pourtant rien n'y fait. Face à elle, son reflet, son mari, son médecin, son psy, ses amies, son gourou, tous extérieurs l'oppriment plutôt qu'ils ne l'aident tout en l'accompagnant vers la fin qu'elle s'est choisie à l'intérieur d'un monde pollué et aseptisé à la fois.

Le(s) personnage(s) de Lucie Taïeb, e (ux) lles, suivent, à son exemple, de manière plus intense, moins linéaire et surtout multiple, ce voyage initiatique en cinq chapitres, séquences, phases, étapes, qui sont aussi celles du deuil : déni, colère, expression, dépression, acceptation. Un processus marqué par le silence et l'absence, l'ignorance des causes et la conscience des conséquences, par l'indicible et l'inéluctable. Dans ce récit, trois femmes comme une seule. Carol, Antigone et Cordelia à la fois qui, comme le personnage de Marie Cosnay, dit : « Femme femmes mes sœurs ». Qui porte et supporte le fardeau des hommes. Qui susurre et rassure. Depuis, la nuit détend et se défend. Elle, lunaire et océan, élément. Et cependant ignorée, violentée, laissée pour compte, sur le carreau. Alors quoi. Sinon encaisser, fuir ou se venger. S'immobiliser, avancer ou retourner les maux.

C'est pourquoi, au-delà d'une simple variation sur un thème, sur un film – Safe mais aussi Poison et Carol ou encore Fight Club et Gone – le livre de Lucie Taïeb constitue un bad trip qui plonge le lecteur dans une manière de coma, où l'on ne peut se rattacher à rien ni donc se détacher de quoi que ce soit, où l'émotion est reine, le regard roi, le sentiment et la sensation injectés de sang sont directement propulsés dans les veines, en intra.   

« Je me taperais la tête contre les murs. 
Si j’étais moi je me taperais continuellement la tête contre les murs. 
Pas seulement la tête d’ailleurs. 
Je me taperais continuellement contre les murs (si). »

(si) (sic) (sick) Oui. Ainsi. Malade. D'une façon ou d'une autre. A force de subir. Les maux pour l'amour. Les mots pour le dire. Dans toutes les langues. Faire ressentir. Faire raisonner. Ne plus faire comme si un non était un oui, qui ne dit rien, qu'on sent, les jugements lapidaires, et caetera. « Have you been raped recently ? ». Oui et non. Pourquoi ''recently''. Pourquoi cette question. Non et oui. Y a-t-il prescription. Le simple fait qu'elle se pose là, que l'émotion passe pour hystérie, qu'il faille une réponse sexuelle à ses causes et, si ce n'est pas le cas, à ses remèdes (voir à ce sujet l'excellent article de Lou sur 10 jours dans un asile de Nellie Bly) nous dévoile un monde dominé par les hommes, étroit et sectaire, où les femmes sont infantilisée ou culpabilisée à l'envi, poussées à l'obéissance et à la folie.

Ainsi, Safe c'est un peu Comment rester immobile quand on est en feu, et le Claro du Clavier cannibale qui, excédé, interpelle les auteurs d'une publicité machiste : « Juste une question : de quelle couleur pastel nacrée sera votre visage le jour où ce que vous appelez la "touche féminine" parviendra à exprimer sa personnalité non seulement en beauté mais surtout en vous coupant les couilles ? ». C'est beaucoup Angela Carter qui malmène via Les Machines à désir infernales du docteur Hoffman ce monde mal mené par les mâles dominants et l'autorité, scientifique ou religieuse, amorale et normalisée, qui va de paire et dont nous constatons chaque jour davantage les exactions. C'est, enfin et passionnément, le troisième ouvrage de L'Ogre à l'occasion de cette rentrée littéraire et dernier volet qui clôt à la folie cette trinité conçue « autour de la domination, du féminisme et de la langue » ou la couronne plutôt, entre peur, indolence et violence, d'épines, de blanc et de sang.

Echo des mots, de Cosnay, de Claro, échos d'une façon de penser et de dire à la fois collective et singulière. Un mouvement, un frémissement et, peut-être, une voie. Traduire, ne pouvoir traduire Safe, mais le dire, le répéter, c'est peut-être, à bien y penser, vouloir être tout lorsque l'on ne sait plus rien, se sentir seul lorsque l'on se sait plein. « Nous renonçons à savoir, mais nous ne renonçons pas à aimer, à questionner et à aimer, infiniment. »


Comme Claro, Lucie Taieb traduit, pense et poétise, des mots mais aussi un réel. Car, à bien y penser, penser, c'est traduire un peu. Pas seulement réfléchir mais, au-delà du simple reflet, se mouiller. C'est plonger la tête dans l'eau pour ne plus voir son reflet. C'est s'imprégner. Se mettre en abyme et en abysse tout à la fois. C'est s'abymer. C'est un processus, un procédé, qui consiste en une manière d'être canal. De laisser passer et d'endiguer à la fois. De digérer aussi, de dire et de gérer certainement, le flux des informations qui passe dans le sang. Une certaine perméabilité à son environnement. Une façon d'échapper à l'hérédité. A la police de la détermination. Une biologie des croyances. Un épigénétique à fleur de peau. C'est ce qu'à mon sens Lucie Taïeb a parfaitement réussi à partir du film de Haynes et de son expérience propre, ce vers quoi je vais également, et ce que j'ai essayé de faire ici à partir du Safe de Lucie. De tout cela je reparlerai forcément. D'ici là, Lucie Taïeb donne sa version d'effets ici, en Hors-Sol et pose là, dans l'antre de L'Ogre, une question, individuelle et collective, toujours plus d'actualité : « Que sommes-nous prêts à ignorer, à accepter, à sacrifier, pour vivre "en sécurité" ? »   

Extraits entre crochets issus du [Safe] de Todd Haynes et entre guillemets issus du « Safe » de © Lucie Taïeb et les Editions de l'Ogre 2016. Le livre, lui, est, comme tous les ouvrages de L'Ogre, publié sous la licence Creative Commons.   

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